‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 215 sur 351 · LA DÉLIBÉRATION · texte numérisé non relu

LA DÉLIBÉRATION

C'est à la bonté de Louis XVI qu'il s'adressa, plutôt qu'à sa raison. Il le pressait d'écouter les sentiments de son cœur; c et, développant avec habileté toutes les ressources, tous les prestiges de l'art oratoire, il fut sur le point de remporter un des plus beaux triomphes que puisse obtenir l'éloquence. S'apercevant de Fimpression avantageuse qu'il avait faite sur le roi, il redoubla ses instances. — Sire, lui disait-il, d'un mot vous allez combler tous les vœux. Un enthousiasme universel va passer en un clin d'œil de celte enceinte dans la capitale, et de la capitale dans tout le royaume. Un pressentiment, qui ne me trompe pas, m'en donne l'assurance; je lis dans les regards de Votre Majesté; cette intention est dans son cœur, cette parole est sur ses lèvres : prononcez-la. Sire; accordez-la à l'amour de tous les Français... — A ce moment, il s'arrêta. Tous les yeux étaient fixés sur l'orateur et sur le roi. Les regards de d'Éprémesnil, pleins de l'expression la plus vive, se confondaient avec ceux de Louis XVI. Un léger nuage d'embarras et de doute ne le disputait que bien faiblement à la bonté, à l'attendrissement, que le roi ne cherchait plus à dissimuler *. »

Pendant ce moment d'hésitation et de silence, moment solennel, le garde des sceaux, « assis au-dessous du roi, mais à une assez grande distance, » n'osait intervenir ni par une parole, ni par un signe. L'altération de ses traits révélait seule la profondeur de son inquiétude. Il craignait que la séance ne se terminât tout à coup par une solution imprévue, qui déjouerait en quelques minutes les laborieuses combinaisons du ministère. Livré à lui-môme, Louis XVI eut pourtant la force de résister et de se taire. Mais, le lendemain, il avoua à l'archevêque de Paris qu'il avait été sur le point

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