‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 221 sur 351 · LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE

d'Etat? Comment se faisait-il qu'un prince de la maison royale n'eût pas craint de se rendre le complice d'une pareille trahison, en consentant à s'en servir pour régler sa conduite? Entraînés par un premier mouvement de colère, les ministres oublièrent les conseils de la prudence. Dans la nuit du 20 au 21, deux membres du parlement *, l'abbé Sabathier de Cabre et Fréteau de Saint-Just, furent enlevés de leur domicile, en exécution de lettres de cachet, et conduits aussitôt l'un au Mont-Saint-Michel , l'autre au château de DouUens. En même temps, une troisième lettre exilait le duc d'Orléans à Villers-Cotterets et lui ordonnait de s'y rendre sans retard, c Grâce à cette dernière entreprise du ministère, dit un observateur impartial ■, le parlement, qui n'eût pu se présenter à Versailles qu'en accusé, pour subir la radiation de ses registres, se présenta en accusateur, dénonçant l'emprisonnement ou l'exil illégal, et réclamant la liberté immédiate de deux de ses membres et du premier prince du sang. » La mesure était d'autant plus fâcheuse que le public se trompait sur sa véritable cause. Il ignorait le conciliabule du 18 et ne voyait, dans tant de rigueur, qu'une punition infligée à des hommes dont le seul tort lui paraissait être d'avoir exprimé librement leur opinion, quand on venait la leur demander.

C'est le 21 novembre que la grande députation du parlement comparut devant le roi. Dès qu'elle fut entrée, Louis XVI lui adressa le discours suivant, rédigé d'avance par les ministres ou concerté avec eux ' : « Je vous ai ordonné de m'apporter la minute de l'arrêté que

1. Il parait que Sabatier et Fréteau furent tous deux arrêtés, comme coupables d^avoir assisté au conciliabule du 18, ce qui était vrai pour Fabbé Sabatier, et inexact en ce qui touche Fréteau de Saint-Just. Droz, Hist. de Louis XVI, t. II, p. 34.

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