‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 225 sur 351 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'anarchie parlementaire et les effets

DU NOUVEAU SYSTÈBiE ADBflNISTRATIF

I. Reprise d'hostilités entre le ministère et les parlements.— II. Arrêtés des parlements de province. — m. Arrêtés du parlement de Paris. — IV. L'édit sur les protestants. — V. Une caricature de guerre civile. — VI. Coup d^oeil sur les réformes administratives introduites par redit de juin 1787. — VII. Les premiers travaux des assemblées provinciales et d'élection. — VIII. Organisation des assemblées municipales de village.

Le gouvernement venait de se montrer, dans ses paroles et dans ses actes, si peu soucieux d*obtenir la paix, qu'il était naturel de le croire disposé à recommencer la guerre et prêt à la poursuivre avec énergie. Le parlement de Paris n*en doutait pas; il était convaincu que les ministres n'attendaient qu'un prétexte pour le frapper, et qu'à la moindre imprudence de sa part ils ne manqueraient pas de sévir contre lui K Déjà même, on eût dit que, en prévision du coup d'autorité qu'ils méditaient, ils avaient hâte d'écarter les obstacles qui pouvaient en gêner la réussite. Un de leurs premiers soins, après la séance royale, fut d'adresser aux pairs du

i. Sallier, Annalet flrançaites, p. 135.

Digiti

royaume une lettre * par laquelle le roi les invitait à cesser dorénavant de prendre part aux délibérations des chambres. Ce n'était en la forme qu'une invitation pleine d'égards ; elle n'en fut pas moins reçue et obéie comme un ordre; aucun des pairs n'assista à l'assemblée qui eut lieu le lendemain 22 novembre. Dès lors, les magistrats se trouvaient livrés à leurs propres forces et restaient seuls exposés aux sévérités du pouvoir. Cet isolement les menaçait d'épreuves qu'ils n'étaient pas disposés à braver de gaieté de cœur. Une autre crainte les retenait encore. Ils se demandaient pourquoi les ministres avaient, sans nécessité impérieuse, employé des formes surannées, impopulaires, au risque de discréditer d'avance un emprunt duquel dépendait le sort de la fortune publique ^ Serait-ce qu'ils ne reculaient plus devant cette perspective de banqueroute, qu'on soupçonnait la cour de caresser, comme le moyen le plus commode de sortir d'embarras?Serait-ce que, n'osant prendre l'initiative d'une mesure si grave, ils comptaient sur les fautes de leurs adversaires pour la rendre inévitable? Telles étaient les réflexions qui s'offraient à l'esprit du parlement et qui lui dictèrent la conduite à suivre.

Il résolut de déjouer, par une feinte modération, les calculs qu'ilprêtait au ministère. D'Éprémesnil lui-même, dominant l'irritation que lui causaient ses récents déboires, s'efforça de combattre toutes les motions compromettantes et parvint à les faire rejeter. L'arrêté du 19 au soir ne fut pas rétabli sur les registres; les protestations contre la fin de la séance royale ne furent pas renouvelées; on se contenta d'adopter en principe le projet de simples remontrances; et encore leur rédaction fut-elle ajournée, afin, disait-on, de ne pas nuire au suc-

1. 21 novembre 1787. Voyez ranalyse de cette lettre dans le Mémoire des pairs y cité un peu plus loin.

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