L*ÉDIT SUR LES PROTESTANTS
une répugnance insurmontable pour les moindres progrès, s*ils ne la touchaient pas. Ceux que le ministère proposait à son approbation se réduisaient pourtant à peu de chose. Ils n'allaient pas, comme on voudrait le croire, jusqu'à rendre aux sectes dissidentes le libre exercice de leur culte, ou à replacer leurs membres sous la protection des mêmes lois que les autres citoyens français. C'était un simple règlement, dont les dispositions principales se bornaient à leur octroyer les avantages indispensables d'un état civil ^
Pour comprendre ces derniers mots, il faut d'abord se rappeler que jadis les constatations sur lesquelles repose l'existence légale de nos familles ne rentraient pas comme aujourd'hui dans les attributions de l'État. Abandonnées aux soins du clergé, elles ne dépendaient que de lui. Dans chaque paroisse, les curés tenaient note des baptêmes, des bénédictions nuptiales, des services mortuaires, que réclamait d'eux la piété des fidèles. U n'y avait pas en France d'autres registres de l'état civil, et, comme en réalité les registres ainsi tenus ne constataient que les cérémonies religieuses auxquelles donnaient lieu la naissance, le mariage ou le décès des catholiques *, ils ne servaient pas, ils ne pouvaient pas servir aux familles séparées de l'Eglise dominante. Privés de cette ressource, les protestants n'avaient aucun moyen d'y suppléer. Depuis la révocation de l'édit de Nantes, ils vivaient complètement en dehors de la loi. Quand ils voulaient se marier, ils étaient contraints d'aller « au désert », comme on disait alors, en présence de ministres proscrits, contracter des unions clandestines, que frappait d'avance une nullité absolue. Devant les tribunaux, ils se trouvaient dans l'impossibilité d'établir la filiation légitime de leurs enfants; et
i. SAllier, Annales françaises^ p. 136.