‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 247 sur 351 · CARICATURE DE GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

CARICATURE DE GUERRE CIVILE

eu rintention de porter atteinte à Tautorité ! Mais la liberté avec laquelle ils ont parlé des abus qu'on a pu en faire dans certains cas; le tableau exagéré qu'ils ont fait au peuple de ses maux, qu'il aurait moins sentis si on lui en avait moins parlé; celui des déprédations sur lequel ils ont trop fixé son attention, sans être bien sûrs qu'elles aient été aussi considérables qu'ils le disent; la défiance qu'ils ont fomentée par leurs déclamations; les maximes nouvelles et hardies qu'ils ont répandues dans leurs remontrances; la publicité qu'ils ont affecté de leur donner; les questions qu'ils ont élevées sur les droits du souverain et sur ceux de la nation; le cri de despotisme dont ils ont fait un si grand abus; celui de liberté nationale qu'ils ont si souvent répété; tout cela, jeté dans le public, pour servir de pâture à des imaginations sans règle et sans frein, comme il yen a dans un grand royaume, peut devenir une cause d'insubordination *. Aucun ordre, aucun corps ne pourra réclamer ses prérogatives et ses droits, si l'autorité unique qui en est la source ou le soutien est affaiblie ou méconnue, et l'on finira par être contraint de lui donner une plus grande force, pour prévenir les désordres inévitables dans une grande monarchie, où chacun interpréterait, suivant ses intérêts ou ses passions, ces grands mots de droit et de liberté, dont on n'aurait fixé ni le sens ni l'étendue. »

Tel n'était pas l'avis de Lafayette. Il connaissait trop bien la France, la vraie France de 1788, pour lui supposer le dessein d'attribuer à la royauté un surcroit de pouvoir : et d'ailleurs il ne croyiiit plus la royauté capable de s'en servir avec assez d'énergie pour rétablir Tordre dans l'administration, le calme dans les esprits.

1. Le mot semble bien faible après ce qui précède. Sans doute Tabbé Papon Teût remplacé par le mot beaucoup plus juste de révoltUion, s'il n'eût pas craint d'employer un mot si menaçant, dans un livre publié an commencement de 1788.

Digiti

Deux lettres qu'il écrit coup sur coup à son ami Washington, le 1°' et le 2 janvier 1788 *, nous révèlent le fond de sa pensée. « La situation actuelle de la France, dit-il dans Tune, est bien extraordinaire. Le peuple, dont je vous ai peint les dispositions, s'agite; la fermentation est grande, mais tout cela mêlé de légèreté et d'amour du repos. Les parlements dépassent chaque jour la limite de leur institution, mais sont sûrs d'être approuvés par la nation, lorsque, parmi bien des choses déraisonnables, ils ont la bonne politique de réclamer une assemblée générale. Le gouvernement voit décliner le pouvoir de la couronne et cherche à le recouvrer en exerçant une sévérité dangereuse; car il a ce qu'il faut d'argent pour cette année, du moins il le croit ainsi. Pour moi, je souhaite avec ardeur un bill des droits et une constitution, et je voudrais que la chose pût s'accomplir, autant que possible, d'une manière calme et satisfaisante pour tous. » Dans sa seconde lettre, Lafayetle insiste sur les mêmes idées, au risque de se répéter. « La situation intérieure, dit-il, est assez embarrassante pour le gouvernement. Quoiqu'il soit parvenu à assurer l'exactitude du service pour toute Tannée, il est assez en peine pour contenir l'esprit de liberté qui anime le peuple et l'esprit d'opposition parfois déraisonnable du parlement. Voilà ce qui occupera la scène, jusqu'à ce qu'elle soit remplie par une Assemblée nationale, qui fixera enfin les droits de tous ».

C'est là que les choses en sont venues, après six mois de luttes, dans lesquelles la témérité du parlement n'a eu d'égale que la faiblesse de la royauté. Les autoritaires demandent un coup d'État, les libéraux une révolution pacifique. Tout le monde est convaincu que le dénouement approche, tout le monde le désire; et chaque jour

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