Histoire du règne de Louis XVI, U II, p
Digiti
pouvait pas dire que deux autorités gouvernaient le royaume : elles se paralysaient réciproquement, et ni Tune ni l'autre ne gouvernait. » C'est Tanarchie d'en haut, Tanarchie parlementaire, préparant peu à peu l'anarchie d'en bas, l'anarchie révolutionnaire. A la vue de ce gâchis, Bésenval, attristé, s'écrie : « L'esprit général de révolte, le choc des différents intérêts avaient enfin produit une caricature ridicule de guerre civilCj qui, sans chefs, sans poignards, sans effusion de sang, en avait pourtant tous les inconvénients*.» Le mot mérite d'être retenu. Il offre le double avantage de peindre d'une manière saisissante la situation bizarre à laquelle il s'applique, et de montrer que les témoins du mal ne se faisaient aucune illusion sur la gravité de ses conséquences. Dans un langage plus diplomatique, l'ambassadeur du roi de Suède, le baron de Staël, laisse percer la même impression de tristesse et d'inquiétude. Après avoir raconté à son souverain les mouvements que le fanatisme se donnait pour empêcher l'enregistrement de redit sur les non-catholiques, il ajoute : « Ces tracasseries, l'état des finances et la gêne de plusieurs grandes manufactures, désolées par l'importation des denrées anglaises, rendent la conjoncture obscure et pénible*. »
Elle est si pénible que personne n'admet qu'elle puisse se prolonger longtemps. Les avis ne diffèrent que sur la nature de l'issue qu'elle doit avoir. Il n'y a d'obscurité que sur ce point. Les uns pensent que la crise, en faisant sentir la nécessité d'un pouvoir unique et fort, finira par tourner au profit de la royauté. « A Dieu ne plaise, dit le modeste auteur de YHistoire du gouvernement français % que je veuille accuser les parlements d'avoir