Touraine, Anjou et Maine
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des assemblées provinciales comme une faveur insigne de Sa Majesté ; qu'en voyant une partie de leurs concitoyens appelés au partage de l'administration, ils espéraient voir renaître l'aisance et la prospérité; que les peuples ne verraient plus, dans les nouveaux administrateurs, que les extenseurs et non les justes répartiteurs de l'impôt... » M. de Lavergne reproche à ces paroles « un caractère d'aigreur assez marqué ». On entend là, suivant lui, « comme les premiers grondements de la révolution qui s'avance. » Et pourtant les hommes qui tiennent ce langage ont été triés par le ministère dans les rangs supérieurs du clergé, de la noblesse et du tiers état. Aucun d'eux peut-être n'a souffert des abus de l'ancien régime; la plupart en ont épuisé les faveurs. Que serait-ce si nous entendions les déshérités ou les victimes! L'assemblée provinciale d'Auvergne ne fut ni moins récalcitrante dans ses votes, ni moins acerbe dans ses considérants, que celle de la Touraine. « Je suis revenu, écrit Lafayette à Washington S de l'assemblée provinciale d'Auvergne, où j'ai eu le bonheur de plaire au peuple et le malheur de déplaire au gouvernement à un très haut point. Le ministère demandait une augmentation de revenus, et notre province est du petit nombre de celles qui n'ont rien donné; elle s'est exprimée d'une manière qui a été fort mal prise. » Toutefois, Lafayette reconnaît qu'en général les demandes du ministère ont reçu un meilleur accueil. Presque toutes se sont contentées de formuler des plaintes, d'émettre des vœux, de proclamer des principes. Elles ont fini par dénouer les cordons de la bourse. Brienne a lieu d'être satisfait : « il a ce qu'il faut d'argent pour cette année, du moins il le croit. » Il est parvenu , répète encore Lafayette , « à assurer
1. Dans une lettre du 10 jaiiTier 17S8, dont nous avons déjà cité quelques lignes. Mémoires et correspondance de Lafayette^ t. II, p. 217.
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Texactitude des services pour toute Tannée *. » Déjà, se sentant moins embarrassé de la crise financière, il se prépare à déployer plus d'énergie.
Envisagée sous ce rapport, la première réunion des assemblées provinciales ne fut pas sans avantage pour le gouvernement. Elle lui rendit un peu de liberté d'action. Elle justifia, dans une certaine mesure, la politique de Necker, d'après lequel les institutions de ce genre pouvaient devenir le plus sûr appui de la royauté contre l'hostilité des cours de justice. Mais, à côté de cet avantage, que d'inconvénients graves! Que de paroles imprudentes jetées à la foule inquiète ! Que de nouveaux sujets d'effervescence! Même dans le cercle de leurs travaux administratifs, les assemblées provinciales trouvèrent prétexte à des déclamations fâcheuses. Elles « font beaucoup de bien , écrivait Lafayette, et j'espère de grandes améliorations dans rétat de la France *. » Sans doute , elles font ou plutôt elles entreprennent beaucoup de bien. Elles essayent de corriger beaucoup d'abus. Malheureusement , elles procèdent de manière à surexciter les esprits, au lieu de les calmer. Ne serait-ce pas là ce qui leur vaut les éloges de Lafayette? Elles préparent la révolution , qu'il appelle de tous ses vœux ^ Aussi plusieurs intendants s'opposèrent à la publication de leurs procès-verbaux. Celui de Lyon notamment engagea avec les membres de l'assemblée provinciale du Lyonnais une lutte opiniâtre : il ne fut pas le plus fort. Prélats et grands seigneurs profitèrent de leur influence à Versailles pour lui forcer la main, et lui firent adresser par le ministère des