Annalet fl^nçaises, p
truit, aimable, d'un esprit fin, doux et conciliant », le comte de Montmorin, négociait avec Mirabeau. En échange de missions diplomatiques, que celui-ci sollicitait, il lui demandait à son tour d'intervenir dans les luttes parlementaires et de mettre sa plume au service des intérêts gouvernementaux. Pas plus que Lafayette, Mirabeau n'approuvait au fond les écarts de la magistrature. Mais comme Lafayette, il appelait de tous ses vœux la réforme d'une constitution vicieuse, et, pour aucun prix, il n'eût voulu contrarier le progrès des idées nouvelles. Dès qu'il connut la réponse du 17 avril, il s'empressa d'écrire au comte de Montmorin une lettre où se remarque le passage suivant * : « Aujourd'hui peut-on utilement servir le gouvernement en portant sa livrée? Est-ce le moment de guerroyer pour l'autorité, que celui où Ton n'a pas craint de mettre dans la bouche du roi un* discours, dont la France va retentir, et duquel il résulte en bonne logique que la volonté seule du monarque fait la loi? Peut-on croire que ceux qui posent de tels principes veuillent de bonne foi et préparent les États généraux? J'ai eu l'honneur de vous le dire, monsieur le comte, et je l'ai répété à monsieur le garde des sceaux : Je ne ferai jamais la guerre aux parlements qu'en présence de la nation. Là, et seulement là, ils doivent, ils peuvent être rendus et réduits à leur caractère de simples ministres de la justice. Mais si, à la place des droits qu'ils nous ont usurpés, nous ne voyons pas naître une constitution sanctionnée par notre consentement, qui, d'entre les liommes de bien, voudrait effacer les derniers vestiges de nos libertés mourantes? Si la volonté d'un seul doit faire désormais la loi dans la monarchie, qu'avons-nous besoin de nous mêler des disputes qui s'élèvent entre le monarque et les mandataires de sa
1. Mémoires et correspondance de Mirabeau^ par Lucas de Montigny.