Archives par iementairesy t. I, p. 285 et suiv
Digiti
de quelle léthargie incroyable, la France était entrée tout à coup dans les voies de la révolution \ Il y aurait beaucoup à dire sur le superbe rôle que les magistrats s'attribuent dans ce réveil imprévu. Est-ce bien la découverte du déficit qui leur a dessillé les yeux? Ne serait-ce pas plutôt Tannonce de réformes, devenues indispensables, et la crainte de voir anéantir des privilèges, auxquels ils ne voulaient pas renoncer? La lutte s'est engagée à propos d'une subvention territoriale grevant toutes les propriétés sans distinction aucune. Qu'est-ce qui a choqué le parlement? La lourdeur de la taxe ou sa répartition équitable? Le doute est permis après les scandaleuses théories de Goislard de Montsabert et l'accueil enthousiaste qu'elles viennent de recevoir. Il est permis également de se demander dans quel but le parlement de Paris a réclamé avec tant d'instances la convocation des États généraux. Qu'entendait-il par là? Nous le verrons bientôt : l'ancien système combiné de manière à maintenir la prépotence des ordres privilégiés. Ainsi comprise, la réclamation des magistrats n'en était pas moins effrayante pour la cour et les ministres : elle ne méritait guère la reconnaissance du tiers état. Malgré tout, ils ont raison d'attester qu'en quelques mois, ils ont, par l'entraînement des circonstances, fait faire à la Révolution un pas décisif, un progrès qu'eux-mêmes ils n'auront plus la force d'enrayer. Laissons de côté les intentions, les arrière-pensées : n'envisageons que le résultat. Il est bien tel qu'ils le dépeignent; et, pour le dépeindre, ils ont su trouver des traits saisissants, qui joignent à l'énergie de la forme le mérite d'une entière exactitude. Sous ce rajDport, les remontrances du 4 mai sont un document historique d'une importance incontestable.