AVORTBHENT DE LA COUR PLÉNIÈRE
dit-il S VOUS avez entendu hier mes volontés, et je vous ai rassemblés de nouveau pour vous dire que je persisterai toujours dans l'exécution d'un plan qui a pour but Tordre général de mon royaume et le bonheur de mes sujets. Je compte sur votre zèle et votre fidélité à mon service. Lorsque j'aurai déterminé les personnes qui composeront avec vous ma cour plénière,je vous réunirai, même avant le temps ordinaire de vos séances, si le bien de mon service et la nécessité des circonstances l'exigent. » Un silence glacial accueillit cette courte allocution, et la séance fut levée.
Jamais il n'y eut d'autre réunion. La cour plénière n'était pas née viable. Malgré ce qu'il venait de dire, le roi ne se donna même pas la peine d'en compléter les membres. Cependant quelques auteurs prétendent que les ministres avaient l'intention de tenter une troisième séance royale. Ce n'était là qu'un prétexte pour garder plus longtemps loin de leurs jeunes collègues les magistrats de la grand'chambre. « On y renonça * d'après la rumeur vraie ou fausse que les pairs devaient tous, à l'exception de dix, protester à la face du roi contre tout ce qui s'était fait au lit de justice. Brienne, qui avait annoncé tant de fermeté et de persistance, se trouva tout à coup ne sachant que faire. Le ridicule vint s'emparer d'une opération qui aurait dû être si imposante. Les magistrats, retenus à Versailles par Tordre du roi... erraient dans les rues de la ville ou dans les appartements du château... Il fallut les renvoyer dans leurs terres, pour se donner le temps d'imaginer la conduite à tenir. On bafoua, on chansonna de toutes parts cette malheureuse cour plénière, morte avant d'être née. Quand on prendrait sur soi de trancher aujourd'hui ce qui est un grand problème, quand on oserait prononcer que ces projets
i. Archives parlementaires f t. I, p« 318. 2. Mémoires de Weber, p. i35.
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502 LA CHUTE DE L'aNCIEX RÉGIME
étaient bons en eux-mêmes, il faudrait encore reconnaître qu'un ministre aussi malhabile dans les moyens et aussi irrésolu devant les obstacles devait tout perdre. » Si Ton veut être juste, il faut ajouter que la situation devenait assez grave pour embarrasser un homme d'Etat plus habile et plus ferme que Brienne. Voilà un gouvernement qui, de temps immémorial, a coutume de s'appuyer exclusivement sur la magistrature, la noblesse et le clergé. Il ne connaît plus d'autres intermédiaires entre la nation et lui. Tout à coup la magistrature lui déclare une guerre à outrance. Les chefs de la noblesse l'abandonnent, et le clergé n'attend que Toccasion de suivre leur exemple. Que faire alors? Se transformer ou périr. Mais quel gouvernement a jamais su se transformer assez tôt et assez vite pour conjurer une perte imminente?
Celui-ci jouissait pourtant d'un avantage inappréciable et qui a manqué à tant d'autres : il était à peu près sûr de la tranquillité de Paris. Un des édits de mai avait mis les parlements en vacances. Lorsque le régiment des gardes françaises vint occuper les abords du palais de justice et en saisir les clefs, il n'eut aucune résistance à vaincre. Si plus tard quelques agitations, quelques scènes tumultueuses se produisirent dans certaines rues, elles semblaient si peu inquiétantes que la cour dédaigna de les réprimer par la force. Bésenval, qui blâme cette abstention, comme un signe de faiblesse et d'incurie, est contraint d'avouer que les désordres « n'étaient à la vérité commis que par les gens tenant au parlement ou payés par lui, aucun citoyen n'y prenant part '. » Aussi le maréchal de Biron, chargé du commandement général des troupes réunies dans la ville, se garda bien de les mettre en avant. Il laissa au guet
i. Mémoii^ê^ t. ni, p. 357.
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