‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 316 sur 351 · ORIGINE DES TROUBLES EN BÉARN SI · texte numérisé non relu

ORIGINE DES TROUBLES EN BÉARN SI

très, avec mention de la volonté royale, qui rendait chaque loi exécutoire. Après cette longue et monotone opération, les commissaires n'étaient pas encore débarrassés d'une des parties les plus délicates de leur tâche. Ils communiquèrent à la cour des lettres closes, en vertu desquelles le roi lui interdisait de prendre un arrêté quelconque et lui prescrivait de s'abstenir dorénavant de toute délibération. Alors se produisit un dernier incident, dont nous allons emprunter le récit au procès-verbal officiel, t Lecture faite desdites lettres, nous avons déclaré que, la séance étant finie, les chambres devaient se séparer, et messieurs qui les composaient se retirer du palais. Sur quoi, monsieur le président a demandé, au nom de la compagnie, de faire connaître les ordres en vertu desquels ils devaient se retirer. Nous avons dit que telles étaient les intentions de Sa Majesté et les ordres à nous adressés. Les membres de la compagnie persistant à ne pas sortir, nous les avons invités, autant qu'il a été en nous, à se rendre à nos exhortations, lesquelles ayant été réitérées et inutiles, nous les avons prévenus qu'en vertu de nos ordres nous serions contraints, en cas d'une plus longue résistance, à employer des moyens de rigueur, dont il nous répugnait de faire usage. La compagnie ayant néanmoins persévéré, le marquis de Lons, après que nous en avons conféré, a introduit dans la chambre du conseil le susdit sieur de Béhague, lieutenant de la maréchaussée, à la vue duquel messieurs ont dit que, pour ne pas laisser profaner le sanctuaire de la justice, ils croyaient devoir céder à la force. » Après cette déclaration, le parlement se retira, sauf le premier président et le greffier en chef, qui restèrent, avec les commissaires royaux, pour clore et signer le procès-verbal. Quand ceux-ci partirent à leur tour, les portes du palais furent fermées derrière eux. Cette fois, tout4)araissait irrévocablement fini.

En effet, un calme absolu régnait dans les rues désertes de la ville. A aucun moment le marquis de Lons n'avait eu besoin de recourir aux troupes dont il disposait. Quelques détachements de maréchaussée lui suffirent pour assurer la paisible exécution des ordres qu'il avait reçus. C'est qu'à Pau, comme à Paris, l'immense majorité de la population demeurait spectatrice impassible du conflit qui se déroulait sous ses yeux.

Malgré celte indifférence apparente, le parlement ne perdit ni le courage ni l'espoir. Il se hâta de distribuer les expéditions de son arrêté du 2, qu'il avait fait préparer d'avance. Bientôt d'ailleurs les détails du lit de justice furent connus. La présentation de Tédit de septembre 1787 permit de soutenir que le ministre avait la prétention d'asseoir un nouvel impôt sur les terres, sans le consentement des états provinciaux. De là un nouveau grief. Les uns se plaignaient de l'atteinte portée aux privilèges constitutionnels du pays, les autres de la surcharge qui menaçait leurs bourses. Nulle part les questions d'impôt foncier n'étaient plus sensibles aux paysans qu'en Béarn. « Dans nos campagnes, dit un acte du parlement , tout le peuple est propriétaire * . » Aussi tout le peuple s'émut. Oubliant les sentiments de défiance que lui inspiraient d'habitude les magistrats et les nobles, il prêta l'oreille à leurs excitations. Il ne vit plus en eux que des alliés nécessaires pour résister aux exigences du fisc. Néanmoins les meneurs hésitaient encore à provoquer une révolte ouverte, quand ils apprirent les événements si graves de Bretagne et de Dau-

1. Remontrances du 20 juin, Archives parlementaires, t. I, p» 348.

l'émeute a PAU 519

phiné. L'exemple était tentant. Puisque l'émeute venait de réussir à Rennes et à Grenoble, pourquoi n'en pas faire l'essai à Pau ? Une foule de gentilshommes arrivent de toutes les parties de la province. Sous prétexte de concerter entre eux les termes d'une protestation collective, ils se réunissent, ils s'agitent, et le résultat de leurs démarches ne tarde pas à se produire.

Six semaines après la séance du lit de justice, le 19 juin 1788, des bandes de montagnards, venues des environs, cernent tout à coup la ville. Ils commencent par s'emparer de l'artillerie royale, qu'ils braquent sur les remparts, « bien résolus à repousser la force par la force ». Puis, ils se distribuent les postes, ils organisent entre eux le service, « avec autant d'exactitude et de discipline qu'on en exige des troupes réglées*. » Ils n'eussent pas mieux combiné leurs dispositions, s'ils eussent exécuté les ordres de chefs éprouvés dans le métier des armes. Ainsi protégée contre les attaques du dehors, rémeute se rend facilement maîtresse de l'intérieur. Que va-t-elle faire de sa victoire? Voici le résumé de la journée, tel que le parlement l'a intercalé dans des remontrances rédigées presque aussitôt. On peut être certain qu'il n'exagère pas la gravité des faits : il eût plutôt cherché à l'amoindrir, ne fût-ce que pour excuser la part qu'il y avait prise. « Tout à coup, dit-il ', au calme de la consternation ont succédé autour de nous les signes effrayants du désespoir... La foule s'est précipitée chez lecommissaire de Votre Majesté, réclamant l'ouverture du palais de justice. Sur son refus, elle en a brisé les portes. Elle a couru chez le chef de votre parlement et l'a sommé de convoquer cette compagnie. Elle a assiégé une seconde fois la maison de votre commissaire, en a exigé un ordre pour l'assemblée du parlement. Le tumulte

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