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534 LA CHUTE DE L'aNXIEN RÉGIME
parlement; et vous pouvez être assuré, ajouta-t-il, que je n'y ai aucune part. Toutes mes inquiétudes étant dissipées par une assurance aussi positive, je partis dans les derniers jours d'avril, pour me rendre en Bretagne, avec le comte de Thiard, qui y commandait en chef, et qui n'était pas plus instruit que moi de Tobjet de sa mission. »
Peut-être Lamoignon avait-il dépassé les limites de la discrétion requise en matière administrative. Molleville eut le tort de ne pas deviner ce que les paroles du ministre lui imposaient encore de réserve. Il se crut appelé à reprendre paisiblement le cours de ses fonctions ordinaires, et, pour ne pas rester sous le coup de rostracisme qu'il avait encouru, il s'empressa, dès son arrivée à Rennes, de visiter les magistrats, de raconter au premier président la conversation qu'il venait d'avoir avec le garde des sceaux et d'y joindre une foule de protestations personnelles, au moins intempestives. Aussitôt la scission fut levée. Les visites et les députations accoururent à l'intendance. Bertrand de Molleville était ravi d'en finir à si bon compte. Mais sa joie ne fut pas de longue durée. Cinq jours après, un courrier de cabinet, venu de Versailles, lui remettait un paquet de dépêches, qui ne lui laissaient aucun doute sur la nature des services que le ministère attendait de lui. Son rôle, il faut l'avouer, devenait insoutenable. Sa bonne foi même pouvait être suspectée. Dans son embarras et son mécontentement, il ne se contenta pas de donner sa démission. Il la motiva dans une lettre, qu'il écrivit chez M. de Thiard, en présence du premier président et de l'évêque de Rennes, auxquels il en communiqua les termes, sans souci de livrer à des adversaires les secrets de l'administration.
Le premier résultat de cet incident fâcheux fut l'ajournement forcé du lit de justice. Ce n'est que le 9 au soir
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d'où vient l'offensive 835
qu'on nouveau courrier de cabinet apporta la réponse du garde des sceaux. Elle était ainsi conçue : « J'ai mis votre lettre sous les yeux du roi, monsieur. Sa Majesté m'a chargé de vous marquer qu'elle vous ordonne de commencer par exécuter ses ordres, sous peine de désobéissance. Elle statuera ensuite sur votre démission *. » A la lecture de cet ultimatum, Molleville comprit qu'il devait s'incliner et se taire. Il se consola en songeant qu'il n'était en définitive que second commissaire du roi, investi d'un rôle « purement passif ^^ » sauf au cas d'absence ou de maladie du commandant de la province. De son côté, le comte de Thiard, trompé par les marques de déférence que chacun affectait de lui prodiguer, consentit à se charger de tout. Il ne demandait à son collègue que de lui fournir « une note exacte et détaillée de ce qu'il aurait à faire ou à dire au parlement. » Les choses ainsi réglées entre eux, le parlement fut convoqué pour le 10. Mais déjà l'autorité centrale avait perdu quelques chances de succès. Depuis plusieurs jours, l'aristocratie bretonne, informée de ce qui se passait, encouragée par l'attitude des commissaires royaux, avait eu le temps de combiner son plan de campagne. Elle avait même pris l'offensive. A Rennes, comme à Paris, comme à Pau, ceux qu'on entendait sans cesse se plaindre des attaques du ministère n'hésitèrent pas à donner les premiers le signal de la lutte.
Elle s'ouvre le 5 mai par une réunion spontanée] du parlement de Bretagne ». Sous prétexte que « la vigi-
1. HisL de la Hév, fr.y par Bertrand de MoUeTille, 1. 1, p. 85.