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3. Sur tous les événements qui vont suivre, voyez le récit publié par
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lance des magistrats serait nulle, s'ils attendaient, dans rinaction, ce que le passé peut faire craindre pour Tavenir, » les chambres, au grand complet, protestent d'avance contre les futurs édits. Puis arrive, à la tête d'une longue suite de gentilshommes, « messire René Jean, comte de Botherel, procureur général syndic des états de Bretagne. » Il réclame rentrée de la cour pour lui et les membres de la noblesse, qui raccompagnent. Sa demande est accueillie avec empressement. Alors il pénètre dans la salle, entouré de son escorte. Il prend place au banc des rapporteurs et dépose sur le bureau deux pièces, dont il requiert la lecture immédiate. La première était sa protestation personnelle « contre toute atteinte qui serait portée à la constitution nationale ». Mais il insiste peu sur les principes généraux qui, suivant lui, protègent toute la France. Il rappelle qu'il est « spécialement chargé par les gens des trois états de veiller à la conservation des constitutions de la province. » C'est sur ce terrain particulier qu'il se place et qu'il s'appuie. En conséquence, il invoque le contrat de mariage de Louis XII et de la duchesse Anne, ainsi que « le contrat d'union passé entre les états et le roi François P»", présent et stipulant, tant en son nom qu'au nom de son fils, le Dauphin. » A ces vieux titres constitutifs des droits de la Bretagne, il ajoute ceux qui, depuis, les ont corroborés. « Réclamons, dit-il pareillement, l'exécution des contrats renouvelés à chaque assemblée des états, et notamment à la dernière assise, lesquels contrats, approuvés et ratifiés par les rois nos
le parli de la résistance, nobles et magistrats, sous ce tilre : « P^^ de ce qui s*e$t passé à Rennes, depuis V arrivée de M, le comte de Thiard* commandant en Bretagne [5-^1 ynai). Rennes, aux dépens de la province de Bretagne, 1788, in-8; Bibliothèque naUonale, Lb3«, n- 460. H se Iroute presque entièrement reproduit dans les Archives parlementaires, ^ '♦ p. 499 et suivantes. Cest À ce dernier recueil que nous emprunterons la majeure partie des citations qu'on va lire.
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souverains. — Art. XX. Accordent que tous les droits j franchises et libertés de la province soient conservés. — Art. XXI. Qu'il ne sera rien changé aux nombre^ qualité y fonctions et exercices des officiers de la province, qu'il ne sera fait aucune création d'offices , ni de nouvelles juridictions. — Art. XXII. Qu'aucuns édits, déclarations, commissions et arrêts du conseil, et généralement toutes lettres patentes et brevets contraires aux privilèges de la province, n'auront aucun effet, s'ils n'ont été consentis par les états et vérifiés par les cours souveraines de la province, quoiqu'ils soient faits pour le général du royaume, et que, dans le cas même où les cours souveraines de la province eussent registre ou vérifié aucuns édits, sans le consentement exprès des états, ils n'auront aucun effet 7ii exécution dans ladite province. » Il faut reconnaître que ces textes ne laissaient prise à aucune objection. En Bretagne, comme en Béarn, la royauté n'était pas libre d'agir à sa guise : elle s'était lié les mains par des engagements dont le plan ministériel ne tenait aucun compte. Ce n'était pas seulement un acte d'autorité absolue, qu'il s'agissait d'imposer à ces provinces; c'était une violation flagrante de lois jusqu'alors respectées, un véritable coup d'État, contre lequel toute résistance paraissait légitime.
Au surplus, le comte de Botherel ne se contente pas d'agir et de parler en son nom. La seconde des pièces qu'il dépose sur le bureau est une approbation complète de ses paroles et de ses actes, qu'il s'est fait délivrer le matin même par la commission intermédiaire. Tous les membres l'ont signée^ sans aucune exception, à commencer par l'évoque de Rennes. En l'absence des états, ce sont leurs représentants légaux qui s'élèvent contre les entreprises du ministère. Le parlement ne pouvait souhaiter un appui plus précieux. Aussi dès que le procureur général syndic a cessé de parler, « M. du Merdy
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de Catuëlan, premier président, lui a témoigné, au nom de la compagnie, sa vive sensibilité à Tintérêi et à Taffection dont messieurs les commissaires intermédiaires, M. le procureur général syndic et les membres de la noblesse qui l'accompagnent lui donnent en ce moment une preuve éclatante; en lui protestant que la compagnie, pénétrée des mêmes sentiments... qui animent le corps respectable dont ils sont membres, concourrait toujours avec le même courage et la même fermeté au maintien des lois fondamentales de TÉtat, des droits, franchises et libertés de la province, et à la conservation des vrais principes. » Il ne restait plus qu*à notifier aux commissaires du roi le pacte d'alliance qui venait d'être conclu entre la magistrature et la noblesse bretonne. La noblesse s'en chargea. Le soir même, elle se rendit chez le comte de Thiard, auquel elle adressa, par l'organe de son doyen, M. de Champsavoy, l'allocution suivante : « Nous vous remettons, monsieur, la protestation que le procureur général syndic des états de Bretagne a déposée au parlement. Elle exprime le vœu de la noblesse. Nous ne doutons pas, monsieur, que si Sa Majesté en était instruite, elle ne retirât les ordres rigoureux que les ennemis de sa gloire et d'e la nation ont osé lui surprendre et qu'un vrai serviteur du roi ne saurait exécuter. » Après une telle démarche, il n'y avait plus de doute sur les sentiments qui animaient la noblesse bretonne. Dès le premier jour, elle avait résolu de faire cause commune avec le parlement et d'empêcher par tous les moyens dont elle disposait l'exécution des édits.
Une fois lancé, le mouvement ne s'arrête plus. Les protestations éclatent de toutes parts. Chaque corps veut avoir la sienne. Dans le nombre, on en trouve qui paraissent indiquer que le tiers état commence à s'émouvoir, ou du moins la partie du tiers état qui touche de plus
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près à la magistrature, avocats, procureurs, professeurs de l'école de droit. Ces derniers déclarent que, s'ils gardaient le silence, la patrie leur demanderait compte du € pernicieux exemple donné par eux aux élèves qu'elle leur a confiés, comme un précieux dépôt sur lequel reposent ses plus chères espérances. » Le clergé s'ébranle à son tour. « Les nobles dignitaires, chanoines, et chapitre de l'église de Rennes » prennent une délibération, qu'ils envoient quatre députés porter solennellement au comte de Thiard. Eux aussi témoignent la douleur que leur cause « le renversement prochain de la magistrature et de la constitution nationale >. II semble qu'à Rennes tous les ordres, toutes les classes, tous les habitants se disposent à répondre au premier appel des meneurs de la révolte. Encouragé par tant de démonstrations sympathiques, le parlement se déclare presque en permanence. Chaque jour, il siège et prend un nouvel arrêté. Le 7, il renouvelle ses protestations du 5, et, pour que personne n'en ignore, il ordonne que les unes et les autres seront imprimées dans les vingtquatre heures et transmises aux tribunaux du ressort, par les soins du procureur général. Le 8, il accueille une dénonciation portée par un de ses membres contre le garde des sceaux, « comme violateur des libertés françaises, comme l'auteur du coup d'autorité, qui rendrait victimes d'un zèle pur les magistrats fidèles à leur devoir. » Le 9, il vient d'apprendre que la veille, à Nantes, des commissaires du roi se sont permis d'entrer à la Cour des comptes de cette ville et de procéder à l'enregistrement forcé des édits. Aussitôt il fulmine contre les ministres, «« celui-là surtout qui, chargé par le devoir de sa place de maintenir la législation, a ouvertement méconnu les principes de la monarchie, et osé persuader au souverain que sa volonté était au-dessus de toutes les lois; celui qui, élevé dans le sein de la
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magistrature, en est devenu Toppresseur; celui enfin qu'on a vu avancer les principes les plus inconstitutionnels, en présence de son souverain, et dans le tribunal même où il avait juré d'être fidèle à la loi. » Enfin, dans ce même arrêté, les magistrats reprennent la thèse qu'ils ont tant de fois soutenue depuis un an. Ils proclament que <r rassemblée générale de la nation est le seul remède aux maux dont elle est accablée. » C'est leur dernier mot, leur dernier cri de guerre.
Pendant ce temps, la noblesse ne reste pas inactive. Elle se réunit et délibère sous la présidence de son doyen, ni plus ni moins qu'un corps légalement constitué. Elle finit par prendre, elle aussi, des arrêtés qu'elle rend publics et par lesquels elle déclare infâme quiconque accepterait la moindre place dans rorganisation projetée. D'en haut, l'anarchie se répand vite jusque dans les dernières couches du peuple. Les édits de mai n'ont pas encore vu le jour, et déjà l'on peut dire que la ville de Rennes est en pleine insurrection. Aussi bien, personne ne cherche à arrêter les progrès du désordre. Molleville, démissionnaire, attend la réponse de Versailles et ne s'occupe de rien. Le comte de Thiard se borne à faire venir des troupes, dont il ne se sert pas. Jamais partie plus sérieuse ne fut plus mal engagée. Les précautions mêmes que le gouvernement avait prises pour obtenir par la force le résultat qu'il ne pouvait attendre de la persuasion commençaient à tourner contre lui. Grâce à l'inertie de ses agents, ce qui devait être une garantie de succès menaçait de devenir un élément de confusion. Quelle est ici sa part de responsabilité? Ecoutons d'abord les reproches que lui adresse Bertrand de Molleville. S'il faut en croire l'ancien intendant de la généralité de Rennes *, « une des plus grandes