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les ordres modérés, pour le déploiement ostensible de mesures qui en imposassent par leur appareil, sans aigrir par leur sévérité et surtout sans mettre en péril l'obéissance de r^irmée, c'est-à-dire la fidélité des peuples. Peut-être, en lisant aujourd'hui les intéressants Mémoires * publiés par l'intendant, désirerait-on qu'il eût censuré avec moins d'amertume le chef infortuné dont il avait été le second à cette malheureuse époque. Peutêtre celui-ci calculait-il trop une espèce de danger que Tautre ne comptait pas assez; car il est bien sûr que la Révolution a été faite par la désorganisation de Tarmée encore plus que par l'insurrection du peuple. » Personne ne conteste que la désorganisation de Tarmée ait puissamment contribué au succès du mouvement révolutionnaire, et qu'elle ait commencé par les officiers, avant d'atteindre les soldats. Mais, au moment qui nous occupe, elle n'était encore qu'à ses débuts. Elle n'avait pas encore pris de telles proportions qu'elle entraînât l'impuissance du commandement. . N'est-ce pas plutôt le défaut de commandement qui développa les germes de la désorganisation de Tarmée? A Rennes, sauf quelques incidents secondaires, comme celui dont Nouainville fut le triste héros, officiers et soldats ont prouvé par leur conduite qu'ils ne demandaient pas mieux de rester fidèles à leurs devoirs militaires. Sous les ordres d'un chef digne de ce titre, ils auraient marché résolument contre l'émeute. Si doi\c le comte de Thiard n*a pas tiré meilleur parti de leurs services, c'est qu'il ne Ta pas voulu; et il ne l'a pas voulu, parce qu'il a trop écouté ses sympathies politiques. Aussi voyez com-
i. C'est sous ce tilre que Tauteur des Mémoires de Weber désigne^ non sans raison, VHistoire de la Révolution française^ publiée par Beiv Irand de Mollcville.Il est certain que la partie consacrée aux éTéoements de Bretagne rentre plutôt dans la catégorie des mémoires personnels que dans les travaux d'histoire proprement dite. Elle n'en est pas moin» digne dUntérêt et de sérieuse attention.
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NOUVELLE ËMBOTE A RENNES 553
ment l*aristocratie bretonne, dans ses actes, dans ses démarches, dans ses publications, le ménage et le caresse. Elle le traite toujours en ami, en allié, et elle ne se trompe pas.
Encouragée par l'attitude du principal dépositaire de l'autorité, la rébellion faisait sans cesse de nouveaux progrès. Des mascarades grossières venaient débiter des parodies du lit de justice jusque sous les fenêtres de l'intendant ou du commandant lui-même. « Il ne se passait pas un seul jour sans qu'il y eût des soldats attaqués ou battus *• » Bientôt les prévisions de MoUeville se réalisèrent : le parlement se lassa d'encourir les reproches de ses concitoyens, en donnant l'exemple inutile d'une soumission hypocrite. Il préféra reconquérir sa popularité, en reparaissant sur la scène, au mépris des ordres du roi. Gomme le palais de justice était occupé par les troupes, il s'assembla tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre. Une dernière fois, le 29 mai, il posa les bases d'une protestation et s'ajourna au 2 juin, afin d'en arrêter les termes. Mais, dans l'intervalle, il apprit que le comte de Thiard mandait de nouveaux régiments et paraissait disposé à sortir de son inertie habituelle. Le temps pressait. Craignant d'être interrompu avant l'achèvement de leur œuvre, les magistrats décidèrent qu'ils se réuniraient le 31 mai, dans l'hôtel d'un de leurs présidents à mortier, Thôtel Cuillé, situé en face de l'intendance, et ils s'y rendirent, au jour convenu, dès cinq heures du matin.
A cette nouvelle, le comte de Thiard imagina qu'il
i. Hist. de ia Rév. flr., par Bertrand de MoUeville, t I, p. 104.
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suffirait de notifier au parlement de Bretagne les nouveaux ordres par lesquejs le roi, persistant dans la même volonté, lui enjoignait de se dissoudre sur-lechamp. Peut-être eût-il bien fait de les porter lui-même, ce qui lui eût permis d'y joindre ses avertissements et ses conseils, et d'en surveiller Texécution. Il préféra se décharger d'une mission pénible, et en laisser le soin à un officier du régiment de Rohan, M. d'Hervilly, accompagné d'un petit détachement de soldats. « Mais la porte était barricadée *. On y frappa plusieurs fois sans que personne répondît, et, comme l'officier n'avait pas Tordre de la faire forcer, il se contenta de la tenir bloquée. Aussitôt qu'on sut dans la ville que le parlement était assemblé et assiégé dans l'hôtel Cuillié, le peuple s'y porta en foule pour défendre ses magistrats. Quelques gentilshommes s'y rendirent aussi avec leurs épées, et, malheureusement, leurs discours et leur exemple enhardirent le peuple à insulter les troupes par les provocations les plus grossières. Le procureur général lui-même [M. de Garadeuc], qui, dans ce moment, arrivait en robe pour se rendre à l'assemblée, s'oublia au point de traiter les soldats de vils satellites du despotisme et les menaça de les livrer à la fureur du peuple. » Rien ne put ébranler la calme fermeté de M. d'Hervilly, ni l'obéissance exemplaire de sa petite troupe. Les uns et les autres restèrent impassibles, durant de longues heures, en face d'une foule qui grossissait sans cesse, attendant en vain des instructions, que personne ne leur transmit. Tout au plus, dans le cours de la journée, M. de Thiard se décida-t-il à envoyer un détachement de dragons appuyer le blocus de l'hôtel Cuillié. Encore ce détachement, « au lieu de marcher vers la foule qu'il aurait dispersée, alla se ranger grave-