‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 337 sur 351 · NOUVELLE ÉMEUTE A RENNES S · texte numérisé non relu

NOUVELLE ÉMEUTE A RENNES S

ment en bataille, suivant Tordre de M. de Thiard, sur la petite promenade qui domine cette partie de la ville. > L'eflfet de tant de faiblesses était facile à prévoir. Ce fut le parlement qui prit Tofifensive. Il envoya une députation sommer M. de Thiard de retirer les troupes, « pour faire cesser, disait-il, le scandale et lé désordre qui en résultaient. » En lisant ces détails, on croirait assister à quelque scène des troubles civils de notre époque. Trop souvent, nous avons vu représenter sous nos yeux des comédies analogues. La seule différence, c'est qu'ici les acteurs étaient les chefs de la magistrature !

Quand la députation parlementaire pénétra chez le comte de Thiard, celui-ci se trouvait en conférence avec Bertrand de Molleville, qu'il avait envoyé chercher, ou plutôt qu'il avait forcé de venir, malgré sa juste répugnance à traverser les rues obstruées par l'émeute. Les deux représentants du pouvoir central vivaient entre eux, comme hommes du monde, dans d'excellents rapports. Ils se visitaient chaque jour et s'asseyaient souvent à la même table. Cependant, le comte de Thiard, fatigué d'observations dont il ne voulait pas tenir compte, ne consultait plus son collègue sur les événements du jour. Il ne l'avait môme pas averti des mesures qu'il venait de prendre. Lorsqu'il l'entretint de l'embarras oi\ elles l'avaient jeté, Bertrand de Molleville était en droit de répondre avec une entière liberté de langage. Vous me demandez, dit-il *, ce qu'il convient de faire. N'avez-vous pas des instructions? « C'est à vous de voir si vous voulez les suivre ou non. Quand vous serez bien décidé sur l'un ou sur l'autre, je vous donnerai mon avis sur les moyens d'exécution. Du reste, ajouta-t-il, au point où en sont les choses, je ne vois plus rien à faire du tout. Le parlement a eu le temps de prendre

1. Voir, sur celte scène curieuse, VHist, de la Rév, fr,, t. I, p. 107 et suivantes.

Digiti

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tous les arrêtés qu'il a jugé convenable. Il ne manquera pas de les publier, s'ils ne le sont pas déjà. Le mal est donc irréparable, et vous pouvez, sans le moindre inconvénient, renvoyer dans leurs casernes les troupes que vous laissez exposées à tant d'avanies fâcheuses. — Quoi donc, repartit le comte de Thiard, avant même que le parlement se sépare? — Oui, sans doute, à moins que vous ne les ayez envoyées pour attendre la sortie de ces messieurs et leur servir d'escorte. » Sur ces entrefaites, on annonce l'arrivée de la députation, et le comte de Thiard va la recevoir dans une pièce voisine. Après avoir entendu sa requête et subi les incartades du procureur général, il s'empressa de revenir auprès de son collègue, pour lui demander un dernier conseil. « Je me contentai de lui répondre, dit Molleville, que je lui avais déjà conseillé de faire ce qu'on lui demandait, et que je n'avais pas changé d'avis. Il consentit donc au rappel des troupes. Il n'y mit qu'une condition : c'est que le parlement se séparerait le plus tôt possible. Mais les députés, n'étant pas autorisés à stipuler pour leur compagnie, ne purent que promettre de faire tous leurs efforts pour l'engager à se séparer. » Malgré cette pro* messe, la séance ne fut levée qu'à cinq heures du soir-. « A la même heure, l'arrêté que le parlement avait pris était imprimé et fut répandu avec profusion dans toute la ville. Nous fûmes informés en même temps qu'il y avait eu de grands débats dans l'assemblée sur la question de savoir si ce n'était pas le cas de décréter de prise de corps les commissaires du roi, et que l'avis de ne pas nous décréter ne l'avait emporté que de très peu de voix. »

L'arrêté du parlement de Bretagne ' n'en constituait pas moins un audacieux défi. Il ne se bornait pas à

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