Mémoires du comte de Ségur, t. I, p
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son entre le présent et le passé. Au Règlement de 1781^ elles opposent Tédit de novembre 1750, portant création d'une not)lesse militaire. C'est le souvenir de Fun qu'elles invoquent comme la condamnation de l'autre.
L'édit de novembre 1750 *, rendu sous Louis XV, pendant que Machault était à la fois contrôleur général et garde des sceaux, est précédé d'un préambule qui en indique l'esprit et le but. Il rappelle que les exemples de zèle et de courage donnés par la noblesse, « pendant le cours de la dernière guerre, ont été dignement suivis par ceux qui n'avaient pas les mêmes avantages du côté de la naissance. » A ceux-ci, le roi a déjà témoigné sa satisfaction par des grades, des honneurs,, des récompenses. Mais « ces grâces, personnelles à ceux qui les ont obtenues, s'éteindront avec eux. » Pour mieux: encourager tout le monde à servir l'État, le roi a pensé qu'il serait bon et juste d'anoblir ceux qui se seraient particulièrement distingués dans le service. « Déjà anoblis par leurs actions, ils ont le mérite de la noblesse, s'ils n'en ont pas encore le titre. » Le préambule ajoute que l'ancienne noblesse n'aura pas le droit de se plaindre d'une telle mesure, elle « qui doit sa première origine à la gloire des armes ». Une seule chose préoccupe le roi; il craint de multiplier le nombre des privilégiés et d'augmenter les charges de ceux qui ne le sont pas. « C'est, dit-il, cette considération qui nous a forcé de mettre des limitations à notre bienfait, pour concilier la faveur que méritent nos officiers non nobles avec l'intérêt de nos sujets taillables. >
Il était donc permis, avant 1750, de devenir officier dans l'armée française sans prouver le moindre degré de noblesse, et le gouvernement de Louis XV, loin de fermer cette porte à la juste émulation du tiers état,
1. RecueU de$ lois anciennes, par Isamberl et Decrusy, t. XXII, p. 238^
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s'imposait le devoir de rouvrir encore plus largement. Il ne se bornait pas à conserver aux roturiers Taccès de tous les grades. Il leur promettait en outre, comme prix de longs services, comme couronnement d'une glorieuse carrière, la récompense alors la plus enviable et la plus enviée, la noblesse pour eux et leurs descendants, la noblesse héréditaire.
Sans doute, Tédit de 1750 eut le sort de tant d'autres mesures progressives, aussitôt abandonnées que résolues, et les successeurs de Machault négligèrent d'appliquer des dispositions trop libérales à leurs yeux. Aucun du moins n'osa en proposer l'abrogation expresse. En tout cas, aucun ne poussa l'ardeur du changement jusqu'à exclure les roturiers de grades militaires dont personne encore ne leur contestait l'accès. Malgré de patientes recherches, je n'ai pu découvrir un seul texte qui permette de leur reprocher pareille aberration. Pour apercevoir le premier indice précurseur du Règlement de 1781, il faut descendre jusqu'en 1779. Le comte de Ségur était déjà ministre de la guerre. Les privilégiés, qui avaient renversé Turgot, espéraient bientôt se débarrasser de Necker, Une ordonnance en date du 3 avril * établit, dans le corps royal de l'artillerie, des élèves, parmi lesquels devront se recruter désormais tous les officiers de cette arme. Quiconque prétend à ce nouveau titre sera d'abord soumis à un examen; l'ordonnance ajoute : « Nul ne pourra être admis à ce premier examen qu'il n'ait d'abord justifié, par un extrait baptistère, qu'il aura atteint, savoir : quatorze ans accomplis, s'il est fils, petit-fils ou frère d'officiers du corps royal de l'artillerie, et un an de plus pour les autres; ceux-ci seront tenus en outre de produire un certificat de quatre gentilshommes et de l'intendant de