Histoire du régne de Louis XVI^ t. I, p
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gardé de conseiller à Louis XVI Tabandon de la politique inaugurée par Maurcpas. Il laissa la réaction suivre son cours, il laissa Joly de Fleury remplir exactement le rôle qui lui avait été confié ; et quand Joly de Fleury succomba sous le poids d'un fardeau trop lourd pour sa faiblesse, Vergennes eut soin d'assurer le contrôle général à des successeurs dont les dispositions connues semblaient garantir le dévouement au système en vigueur. D'Ormesson ne fit que passer : n'en parlons pas. Après d'Ormesson vint Galonné. Celui-là mérite qu'on sache comment il est arrivé au pouvoir.
Galonné n'avait pas la sympathie du roi \ dont il offusquait l'honnêteté, encore moins celle de la reine, dont les préférences se portaient sur un autre candidat ^. Dès le début de son règne, Marie-Antoinette avait entendu prôner un ambitieux qu'on lui disait propre aux plus hautes fonctions. Il lui était spécialement recommandé parsamère,rimpératrice Marie-Thérèse. Gar ce n'est pas, comme on l'a cru, le duc de Ghoiseul que l'impératrice désirait ramener au ministère des affaires étrangères : c'est Brienne qu'elle s'efforçait de faire parvenir à ce poste. La correspondance publiée par MM. d'Arneth et Geffroy a fait justice des légendes propagées par tant d'auteurs. Il est certain aujourd'hui que Marie-Thérèse se défiait avec raison de la fermeté patriotique du duc de Ghoiseul, homme d'État consommé, qui avait l'habitude d'exiger que toute l'Europe comptât avec la France. Elle espérait plus de condescendance de la part de Brienne, nouveau venu, qui ne devait avoir ni la volonté ni la
1. « Le roi était fort prévenu contre Galonné, que la légèreté de son caractère, ses liaisons avec des hommes d'une réputation douteuse (Vaudreuil et autres), une certaine frivolité de mœurs enfin, faisaient regarder comme déplacé dans un des postes les plus importants de Tadministration. >' (Sallier, Annales françaises, p. 26.)
2. « La reine partageait la répugnance du roi, quoiqu'elle fût entourée de personnes d'un avis différent.... w (Mme de Staël, Considérations sur la Rév, fi,, t. I, p. 90.)
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force de se montrer si exigeant. Dès lors, Brienne devint le protégé de l'ambassadeur d'Autriche, le comte de Mercy-Argenteau, pour qui la reine avait tant d'estime qu'elle lui confiait jusqu'aux déboires de sa vie conjugale. Elle avait un autre confident, son lecteur, son compagnon assidu, cet abbé de Vermond, à l'égard duquel l'histoire s'est montrée jusqu'ici bien sévère, pour ne pas dire bien injuste. Celui-là ne risquait que des conseils timides : néanmoins, quand il sortait de la réserve qu'il s'était imposée, il recommandait aussi Brienne, ne fût-ce que pour acquitter une dette de gratitude envers son ancien protecteur. Poussée par cette double influence, Marie-Antoinette aurait voulu que Brienne succédât à Maurepas. Puisque le roi refusait de prendre un premier ministre, elle se serait volontiers contentée d'obtenir à son protégé les importantes fonctions de contrôleur général. A plusieurs reprises, elle tenta dans ce but des efforts sans succès. Quand d'Ormesson se retira, elle sonda de nouveau le terrain et ne tarda pas de reconnaître qu'elle se heurtait à des obstacles insurmontables. Brienne n'appartenait pas à l'école de Joly de Fleury : c'était son véritable tort. Élevé dans la société des gens de lettres, des philosophes et des économistes, il était à bon droit suspect d'avoir contracté dan& ce milieu quelque tendance à partager les idées nouvelles. Ses relations avérées avec Turgot et Necker achevèrent de le compromettre dans l'esprit des privilégiés. Comme archevêque de Toulouse et comme membre des états de Languedoc, il prenait une part active à l'administration de cette grande province et s'y montrait favorable aux améliorations, aux réformes. Évidemment, le choix de Brienne ne convenait pas à la réaction triomphante; son jour n'était pas encore venu.
Galonné en profita. Ce n'est pas qu'au fond du cœur
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il se tînt pour inféode à un système quelconque : la suite le prouva surabondamment. Mais alors personne ne voyait en lui que le candidat d'une coterie trop mêlée au triomphe de la réaction pour inspirer la moindre défiance. Cette coterie, dont la duchesse de Polignac était Tame et dont elle garde le nom dans Thistoire, s'était formée à la cour, sous Tégide de la reine, grâce à des faveurs prodiguées sans mesure. Bientôt les favoris, comme il arrive toujours, abusèrent des bontés de leur auguste protectrice. Ils finirent par se croire tout permis. Vaudreuil, Tami intime de la duchesse, venait de faire représenter le Mariage de Figaro (26 septembre 1783), malgré les répugnances du roi. Malgré celles de la reine, la duchesse de Polignac et son entourage ne craignirent pas de pousser Galonné au pouvoir. « Les amis de la reine, dit Mme Gampan *, réunis en ce moment au comte d'Artois et, par je ne sais quel motif, à M. de Vergennes, firent nommer M. de Galonné. La reine en eut un déplaisir extrême, et son intimité avec la duchesse de Polignac commença à en souffrir. G'est à cette époque qu'elle disait que, lorsque les souverains avaient des favoris, ils élevaient auprès d'eux des puissances, qui, encensées d'abord pour leurs maîtres, finissaient par Têtre pour eux-mêmes, avaient un parti dans TÉtat, agissaient seuls et faisaient retomber le blâme de leurs actions sur les souverains auxquels ils devaient leur crédit. »
L'intervention du comte d'Artois dans une intrigue qui devait causer tant de soucis à sa belle-sœur a pourtant une excuse. Aux yeux du jeune prince, il s'agissait d'intérêts plus graves que ceux de la coterie dont il appuyait les menées. Il voyait en jeu les intérêts de l'ancien régime, l'avenir d'une cause dont il s'était
i. Mémoires de Mme Campan, édition Berville et Barrière, 1. 1, p. 264.
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déjà fait le soutien, avec une ardeur qui ne se démentit jamais, et il ne reculait devant aucune considération secondaire pour empêcher que le contrôle général n'échût à des mains dangereuses. Les mêmes considérations dirigeaient la conduite du comte de Vergennes. Pourtant, la gravité de son esprit et la régularité de ses mœurs étaient un peu scandalisées par la légèreté de Galonné et ses dissipations. Il hésitait à recommander avec instance le choix d'un homme qu'il n'estimait pas. On raconte * qu'alors il eut recours aux conseils d'un financier qu'il honorait de sa confiance, d'Harvelay, le banquier de la cour, et la chronique ajoute que Galonné était l'amant de Mme d'Harvelay. Ce qu'il y a de certain, c'est que Mme d'Harvelay n'est autre que « l'incomparable amie » dont Galonné parle avec émotion dans sa Requête au roi * et qu'il s'empressa d'épouser dès qu'elle devint veuve. Le premier mari, d'Harvelay, fournit les meilleurs renseignements sur son successeur en expectative. l\ fit plus : il affirma que les capitalistes attendaient avec impatience la nomination de Galonné; que, si leur espoir était déçu, une panique éclaterait à la Bourse et qu'il fallait craindre les plus grands désastres. Il proposa d'écrire, dans ce sens, une lettre qui serait mise, comme pas hasard, sous les yeux de Louis XVI. La lettre fut écrite. Après l'avoir revue et corrigée, Vergennes la fit parvenir au roi, qu'un document de cette valeur détermina sans peine. Telle est la comédie au succès de laquelle Galonné dut son élévation '• Quand on connaît les personnages qui présidèrent