‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 47 sur 351 · Eodem · texte numérisé non relu

Eodem

Digiti

fantaisie emprunté à quelque pamphlet libéral. Les lignes qu'on vient de lire sont fidèlement extraites des Mémoires de Weber^ le frère de lait de Marie-Antoinette. Môme à la cour, Joly de Fleury passait pour le type achevé de l'esprit réactionnaire poussé jusqu'aux dernières limites de Tétroitesse *. Son administration ne répondit que trop à sa renommée : il justifia le genre de confiance qui l'avait fait choisir par Maurepas.

Après la mort de ce dernier, Louis XVI, encore bien jeune, déclara qu'il n'aurait plus de premier ministre et qu'il garderait entre ses mains les rônes du gouvernement. Mais il avait toujours besoin de conseils et prit l'habitude d'en demander à son ministre des affaires étrangères, le comtede Vergennes. Sur le compte de ce nouveau mentor, on peut s'en rapporter sans crainte à l'historien qui a le mieux connu les hommes d'Etat de cette époque et qui les a jugés avec le plus d'impartialité. Ce ministre, dit M. Droz \ « portait souvent une habile prudence dans les négociations avec l'étranger; mais, connaissant peu les affaires intérieures du royaume, jugeant mal la disposition des esprits, persuadé que le gouvernement par excellence est le gouvernement absolu, il ne pouvait éclairer son maître sur les véritables moyens d'administrer le royaume et de prévenir les troubles, dont on n'était plus séparé que par un petit nombre d'années. * Si cette appréciation est juste, comme tout porte à le croire, le comte de Vergennes se serait bien

1. Comparez ce que dit de lui Fouvrage intitulé Mémoires et correspondance de Condorcet, par- Gaétan de Larochefoucauld : « C'est ce M. Joly qui, dans une note sur Marc-Aurèle, trouve étrange qu'on n'ait pas encore fait la plus utile de toutes les lois. C'eût été, dit-il, d'ordonner aux hommes, sous les peines les plus sévères, de contenir dans de justes bornes leur curiosité naturelle et de leur défendre de parler et d'écrire sur des choses qui passent la portée de leur intelligence. Si M. de Joly eût été fidèle à ses principes, il n'aurait ni traduit ni commenté Marc-Aurèle. »

Page 1