DÉSORDRE DES FINANCES S
si peu libres de remploi des moyens! « La restauration des finances, avoue l'un de leurs adversaires *, un membre du parlement de Paris, présentait beaucoup de difficultés; un contrôleur général était mal vu s'il parlait d'impôts ; sa disgrâce était encore plus certaine s'il proposait d'accomplir des réformes. » Comment donc rétablir l'équilibre du budget, quand personne n'admet ni l'augmentation des recettes, ni la diminution des dépenses? Depuis la disgrâce de Necker, c'est la cour qui gouverne, et depuis le triomphe de la réaction, elle se croit tout permis. Elle puise à pleines mains dans le trésor, sans tolérer la moindre résistance à ses convoitises. Elle ne veut même pas souffrir l'établissement d'impôts, qu'elle ne supporterait pas, mais qui révéleraient l'embarras des finances et risqueraient de secouer la torpeur de l'opinion publique. Sous un pareil régime, la véritable cause du désordre n'est pas tant Timpéritie de tel ou tel administrateur que le vice incurable du système de gouvernement.
Et le roi? Tantôt le roi laisse faire, tantôt il suit le torrent. Un jour vient où le plus prodigue des contrôleurs généraux est obligé de lui donner des leçons de prudence et d'économie. C'était en 1785. Entraîné par les sollicitations de son entourage, et sans consulter Calonne, Louis XVI eut la faiblesse d'accorder à un sieur Devannes, ancien procureur du roi de la ville de Paris, une pension de quinze mille livres, réversible sur la tête de sa femme jusqu'à concurrence de huit mille. Quinze mille livres d'alors représentent au moins trente mille francs d'aujourd'hui, et nul service éclatant, nulle raison sérieuse ne justifiait pareil excès de générosité. Dès que la décision du roi fut connue, elle souleva des critiques d'autant plus vives qu'elle était contraire aux