Eodem, p
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H cherchera de quelle autre source peut lui venir le salut.
Il sait d'ailleurs que la royauté n'est pas seule coupable des souffrances qu'il endure. A côté d'elle, il voit la cour et l'élite des privilégiés se partager les profits de la réaction : il leur en attribue la faute. Un d'eux a dit S en parlant des améliorations projetées par Necker : « Puisque le sort ne voulait pas qu'on suivit avec fermeté ce sage plan, proposé par le ministre et adopté par le roi, il aurait peut-être été à désirer qu'on n'en eût pas conçu et émis l'idée : car plus un tel dessein, qui ne pouvait rester ignoré, était grand, juste, utile, populaire, plus l'opinion publique s'irrita contre les intérêts privés qui en empêchèrent le succès, et ce fut peut-être là un des principaux germes des discordes fatales, qui s'élevèrent depuis entre les classes plébéiennes et les premiers ordres de l'État. »
Ainsi, dès qu'on examine avec soin la courte période, qui s'étend de la disgrâce de Necker à la convocation des Notables, on.y voit poindre, dans le cœur du tiers état, le germe de deux sentiments, qui ne feront désormais que croître et se propager : sentiment de haine contre les privilégiés, qui abusent de leur victoire; sentiment de désaffection et de méfiance vis-à-vis de la royauté, qui autorise les abus de la réaction. Est-il donc vrai qu'en ces quelques années, la souffrance ait été si forte? Sommes-nous bien sûr de ne pas exagérer la cause afin de mieux justifier le résultat? Ceci mérite une étude attentive.
Personne ne reproche aux Mémoires de Mme Campan d'être Tœuvre d'un esprit révolutionnaire. Son
i. Mémoires du comte de Ségur, t. I, p. 231-232.
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témoignage est digne de confiance. On peut la consulter sans crainte sur Teffet produit par Tédit de 1781. ff L'injustice et Tabsurdité de cette loi, dit-elle S furent une cause secondaire de la révolution. Il fallait tenir à cette classe honorable du tiers état, pour connaître le désespoir ou plutôt le courroux qu'y porta cette loi. Les provinces de France étaient remplies de familles roturières qui, depuis plusieurs siècles, vivaient en propriétaires sur leurs domaines et payaient la taille. S'ils avaient plusieurs fils, ils en plaçaient un au service du roi, un dans Tétat militaire, un dans Tordre de Malte comme chevalier servant d'armes, un enfin dans la magistrature, tandis que Taîné conservait le manoir paternel... J'ai vu, dans cette classe de citoyens justement révérés, un particulier longtemps employé dans la diplomatie, ayant même été honoré du titre de ministre plénipotentiaire, gendre et neveu de colonels, majors de place, et, par sa mère, neveu d'un lieutenant général, cordon rouge, ne pouvoir faire recevoir ses fils sous-lieutenants dans un régiment d'infanterie. »
Dans les provinces, où la profession des armes était particulièrement recherchée, l'impression fut encore plus douloureuse qu'ailleurs. Elle éclate dans les Cahiers de i789. Celui des bailliages réunis de Colmar et de Schlestadt débute en ces termes * : « Article premier. L'honneur, qui est le ressort principal du gouvernement monarchique, n'étant pas un véhicule moins nécessaire au tiers état, qui forme la partie la plus nombreuse de la nation, qu'aux autres ordres, les règlements qui tendent à l'avilir ne peuvent qu'étouffer en son âme un sentiment utile à la prospérité de TÉtat. Aussi les représentants du tiers seront chargés de
1. Mémoires de Mme Campan, Ed. Berville et Barrière, t. I, p. 236-