Passage cité par Bailly, eodem, p
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à coup, vint ajouter aux embarras d'une situation déjà tendue une complication alarmante.
On ne sait pas exactement, on ne saura jamais combien de sacrifices cette longue guerre exigea de la France. Tout au plus connait-on le chiffre des emprunts ostensibles, contractés pour y subvenir, soit pendant la durée de la lutte, soit peu de temps après la conclusion de la paix. II atteignitl338 millions *. A quoi il con* vient de joindre les extensions illégales données secrètement à des emprunts déjà clos. C'est environ un milliard et demi, dont quelque partie pourrait bien avoir été détournée de sa destination régulière, mais dont la totalité vint accroître les charges du trésor. L'aggravation fut d'autant plus sensible que l'intérêt des capitaux obtenus par ces voies diverses dut être porté à un taux plus fort. Il y eut notamment des emprunts en rentes viagères, à 10 pour 100 sur une tête, à 9 pour 100 sur deux têtes, à 8 et demi sur trois, à 8 sur quatre, sauf toutefois un dixième de retenue •.
Dans les Etats les plus prospères et les mieux administrés, personne n'admet qu'il soit possible de faire face à un tel surcroît de dettes extraordinaires avec lea seules ressources du budget courant, lors même qu'avant la guerre, la balance annuelle présenterait un excédant d'actif. On commence par se procurer des fonds à l'aide d'emprunts quelconques. On crée immédiatement de nouveaux impôts pour couvrir les intérêts des sommes récemment empruntées, et, si l'on est sage, on calcule le produit de ces impôts de manière à permettre l'amortissement progressif du capital. Comment Necker, qui venait de reconnaître l'existence d'un déficit permanent d'une trentaine de millions, a-t-il pu concevoir le projet d'échapper à la loi commune et de soutenir la guerre
!. Voyex Bailly, Hist, fin. de la France, t. U, p. 263-264. 2. Bailly, eodem, p. 220-221.
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sans impôts? A la vérité, radministration des finances royales comportait de nombreuses et profondes réformes. Mais ces réformes, quelle que fût leur importance, ne pouvaient produire tout à coup des eflets si merveilleux qu'ils permissent d'obtenir en pleine guerre un équilibre inconnu en pleine paix. Cependant Necker emprunta, sans faire le moindre appel à la bourse des contribuables. Il n'y était que trop encouragé par les sentiments instinctifs du roi et les dispositions de la cour. Son système obtenait aussi les applaudissements du public, qui n'en voyait que les facilités immédiates et ne se donnait pas la peine d'en calculer les inconvénients futurs. Mirabeau lui-même se taisait alors, lui qui plus tard, éclairé par Texpérience et poussé par la passion, devait dire de Necker ^ « Il a fait la guerre sans impôt, c*est un Dieu ! Voilà le cri universel; mais il s'élève un impie qui dit : Ce que vous lui imputez à gloire est un crime! Ce que vous regardez comme un bienfait est l'aggravation de vos maux. Emprunter sans imposer, c'est livrer une nation aux usuriers, car eux seuls prêtent sans gage ; c'est tromper un peuple sur sa véritable situation; c'est enivrer les gouvernements, en leur présentant comme faciles ces projets de dépenses et de destruction qui désolent l'humanité; c'est rejeter sur les générations à venir le poids des iniquités d'un ministre, qui ne voit que sa gloire personnelle et ses succès présents... Peuple crédule, hàtez-vous de l'admirer, vos enfants le maudiront un jour. »
A mes yeux, Necker commit une faute encore plus grave, lorsque, au début de l'année 1781, il publia soii fameux Compte rendUy le conte bleuy comme disait en souriant Maurepas *. Dans ce document officiel, Necker
1. lettres sur VadminUtration de Necker, publiées en 1787, pendant rassemblée des notables. Voir au chapitre suivant.
2. Allusion à la couleur du papier qui servait de couverture à la pu-
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ne se borne pas à présenter la situation des finances sous un jour assez favorable pour consolider le crédit, encourager les prêteurs, attirer au trésor des fonds indispensables. Il annonce comme étant acquis et réalisés, les effets merveilleux que nous déclarions tout à l'heure impossibles. « Je me hâte, dit-il, d'annoncer à Votre Majesté, que tant par l'effet de mes soins et des différentes réformes qu'elle a permises, que par Tamélioration de ses revenus ou par leur augmentation naturelle, et enfin par l'extinction de quelques rentes et de quelques remboursements, Tétat des finances est tel que, malgré le déficit en 1776, malgré les dépenses immenses de la guerre, et malgré les emprunts faits pour y subvenir, les revenus ordinaires de Votre Majesté excèdent dans ce moment ses dépenses ordinaires de 10 200 000 livres *. » Un peu plus loin, Necker prétend que ce chiffre même est inférieur à la réalité. « On peut, dit-il, avancer avec fondement que ses revenus ordinaires surpassent dans ce moment-ci l'état de ses dépenses ordinaires de 27,500,000 livres. Enfin Votre Majesté n'est pas encore au bout des économies et des améliorations de divers genres qu'elle peut se proposer. » Or il résulte de l'état au vrai de l'année 1780, arrêté régulièrement le 26 juillet 1786, que les payements effectués dans le cours de l'exercice s'élevèrent à 615,642,000; que les ressources correspondantes fournirent en tout 501,300,000 livres; et que par conséquent le déficit réel fut de 114,800,000, auquel Necker fut obligé de pourvoir par des anticipations assignées sur les revenus futurs et des emprunts ouverts sur les pays d'Etats. L'état au vrai de 1781 révèle une situation encore plus triste, car la différence
blication de Necker. Le titre exact est : Compte rendu au roi par M, Necker, directeur général des finances, au mois de janvier 478/ , imprimé par ordre de Sa Majesté, Paris, impr. royale, 1781, in-4. 1. Archives parlementaires, introduction, t. I, p. 156-157.
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entre les ressources réalisées et les dépenses acquittées atteint cette fois la somme de 218,830,000 livres «.
En présence de ces chiffres authentiques, incontestables, il est diflicile d'expliquer les assertions pompeuses de Necker. Quels que soient les motifs d'excuse, avec lesquels certains auteurs essayent de colorer sa conduite, ils doivent reconnaître eux-mêmes que le Compte rendu, l)ien ou mal compris, maintint la France dans une <^rreur profonde; et, si cette erreur universelle procura momentanément à la couronne l'avantage d'un crédit immérité, elle ne tarda pas à devenir la source d'embarras inextricables.
Quoi qu'il en soit, la guerre continuait. Les dépenses s'accumulaient. Il fallait sans cesse recourir à de nouveaux emprunts. En succédant à Necker, Joly de Fleury ne se crut pas obligé de marcher sur les traces de son prédécesseur. Necker venait de proclamer, contre toute vraisemblance, qu'il était facile de subvenir aux frais d'une luttte dispendieuse et de remédier en même temps au déficit annuel, sans recourir à des impôts, rien qu'en améliorant les recettes et en introduisant l'économie dans les dépenses. Joly de Fleury prit le contrepied de ce programme. Il ne se fit aucun scrupule de créer des ressources nouvelles, ce qui était juste et nécessaire; il renonça aux économies et surtout aux améliorations, ce qui était doublement regrettable. Aussi, malgré l'établissement d'une taxe sur les consomma-
1. Tous ces chiffres sont empruntés à Bailly, qui lui-même ne les a donnés que sur le vu des documents officiels (Uist. fin,^ t. II, p. 233). Ceux qui prendront la peine de se. reporter à son ouvrage verront que les résultats, auxquels il s^arrête, ne souffrent aucun doute.