Page
Galonné ne se bornait pas à ménager la bourse du tiers état ou, comme il disait, du peuple, aux dépens des privilégiés. Il comprenait aussi la nécessité de ramener l'opinion publique, trompée par tant de promesses, exaspérée par tant de déceptions. Dans les nombreux projets de ses prédécesseurs, il chercha les réformes les moins discutables, celles qui rencontraient des sympathies presque unanimes, comme la création des assemblées provinciales, la suppression des barrières intérieures, et autres du même genre. Après les avoir si longtemps oubliées, il en devint tout à coup le promoteur. Il les offrit comme gage de la sincérité avec laquelle il s'engageait dans une nouvelle voie. Nous aurons bientôt occasion de revenir sur les détails de ce plan et d'en examiner les défauts et les mérites. Il nous suffit d'en donner un aperçu sommaire, afin d'établir qu'il ne comportait, dans son ensemble, aucune innovation extraordinaire.
La seule chose neuve, qu'il y eut dans le plan de Galonné, était le moyen qu'il adopta pour en assurer le succès, je veux dire la convocation des Notables. Gelle-ci vaut la peine d'un examen plus attentif.
En vain Galonné se flattait d'arriver secrètement à la liquidation des dettes arriérées. Du moment où il reconnaissait l'urgence de combler le déficit annuel et rimpossibilité d'y parvenir autrement que par la création de nouveaux impots, il restait toujours exposé à soutenir contre le parlement d(i Paris une de ces luttes dont il redoutait Tissue. La suite des événements n'a que trop justifié ses craintes. Sans doute l'usage ou même l'abus des actes d'autorité, les injonctions, les lits de justice, les enregistrements forcés offraient moins d'inconvénients en matière d'impôts qu'en matière d'emprunts. Appliqués à des emprunts, ils en compromettaient la réussite, parce qu'ils éloignaient les préteurs. Quand il s'agissait d'impôts, la résistance obstinée des magis-
Digiti
PLAN RELATIF AU DÉFICIT lH
trats n'allait jamais jusqu'à pousser les contribuables au refus absolu d'une taxe quelconque. Seulement elle autorisait les privilégiés, surtout les puissants et les riches, à se soustraire au payement de leur véritable quote-part. Elle leur fournissait un prétexte de braver les agents du fisc. Si Ton voulait éviter que la subvention territoriale éprouvât le même sort que les anciens vingtièmes,- il importait d'obtenir la sanction volontaire du parlement; et Ton n'avait d'autre ressource que d'exercer sur les magistrats la pression de l'opinion publique. « L'objet de l'assemblée », a dit Galonné en parlant de la convocation des Notables *, « était d'éclairer la nation sur l'état des finances, pour faire sentir la nécessité d'y remédier par de grands moyens. » Galonné ne prétendait donc pas contraindre le parlement à s'incliner devant la décision des Notables, comme devant celle d'une autorité supérieure. Il se bornait à croire qu'une fois cette décision rendue et ratifiée par l'assentiment national, le parlement n'oserait plus marchander son adhésion, de peur de s'attirer un blâme universeK Un instant, dît-on *, la pensée de convoquer les Etats généraux s'offrit à l'esprit de Galonné, et, s'il la rejeta sans hésiter, c'est qu'il craignait de rendre compte de sa gestion devant un pareil tribunal. Mais, pour soumettre les privilégiés aux sacrifices que la situation exigeait d'eux, sufQsait-il de réunir les États généraux sous leur forme traditionnelle? Il fallait en môme temps modifier l'ancien système de délibération et de vote par ordres. Sans quoi, pas de réformes à attendre dans le sens de l'égalité sociale. Au contraire, on risquait de fournir au clergé, à la noblesse, Toccasion solennelle d'affirmer leurs prétendus droits, sinon de les faire prévaloir. Voilà ce qu'on ne doit jamais oublier, quand on parle de la