‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 93 sur 351 · Droz, t. I, p · texte numérisé non relu

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convocation des Etats généraux avant 1789. Voilà pourquoi les privilégiés, au début de la crise, ne craignirent pas de réclamer à haute voix une mesure avec laquelle ils pensaient avoir moins à perdre qu'à gagner. Or rétablissement de la délibération commune et du vote par tête était à lui seul une révolution profonde, dont les conséquences semblaient incalculables. Galonné n'y pouvait songer, car personne n'aurait consenti aie suivre dans une combinaison aussi dangereuse.

Il y avait déjà une certaine hardiesse, quelquesuns même disent une véritable imprudence, à changer les habitudes du pays, à lui donner le spectacle d'une assemblée quelconque, à secouer son incroyable léthargie par le bruit de discussions politiques. Le roi n'était-il plus souverain? Qu'avait-il besoin de consulter ses sujets avant de leur intimer ses ordres? Le fait est que Galonné, obsédé par la crainte d'une lutte personnelle avec le parlement, se laissa entraîner par des suggestions, dont il ne comprit pas la portée. Parmi les hommes auxquels il demandait en secret des avis et des services, se trouvaient des esprits aventureux, qui commençaient à rêver la transformation prochaine de la constitution française : pour ne citer que les plus connus, Glavière *, le futur ministre des finances de la Révolution; Mirabeau, le futur tribun, et cet abbé de Périgord, qui allait devenir le fameux évêque d'Autun, en attendant qu'il fût le prince de Talleyrand rillustre diplomate *. S'il faut en croire Mirabeau, c'est lui qui suggéra la première idée d'une réunion de Notables. II n'y voyait pas seulement un moyen de vaincre les résistances parlementaires, mais un premier

1. Glavière était secrétaire intime de Galonné et chargé, -dit-on, de préparer tous les plans de flnances proposés par ce ministre. Mémoires de Condorcet, par Gaétan de Larochefoucauld, t. I, p. 227.

2. Voyez, sur les relations de ce petit groupe avec Galonné, les Mémoires de Mirabeau, publiés par Lucas de Montigny, t. IV, passim.

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pas, un pas décisif, vers le régime nouveau, qu'il appelait de tous ses vœux.

Dans un recueil de correspondances *, publié par lui sous les yeux de Galonné, il n'a pas craint d'insérer les lignes suivantes, qui peignent à la fois son ardeur révolutionnaire et sa prodigieuse clairvoyance : « Mon cœur n'a pas vieilli, et, si mon enthousiasme est amorti, il n'est pas éteint. Je l'ai bien éprouvé aujourd'hui : je regarde comme un des plus beaux jours de ma vie celui où vous m'apprenez la convocation des Notables, qui sans doute précédera de près celle de l'Assemblée nationale (!). J'y vois un nouvel ordre de choses qui peut régénérer la monarchie : je me croirais mille fois honoré d'être le dernier secrétaire de cette assemblée, dont j'ai eu le bonheur de donner l'idée. » Dans d'autres lettres, qu'il ne croyait pas destinées à la publicité S Mirabeau revient à diverses reprises sur l'initiative qu'iU'attribue. « Quant à l'Assemblée des Notables, écrit-il le 20 janvier 1787, quelques droits que je paraisse avoir sur les suites d'une idée purement mienne, et dont j'ai, soit dit entre nous, tracé tout le plan, je ne puis croire notre gouvernement arrivé à ce degré de lumière, qui puisse lui faire désirer que je sois dans une assemblée de Notables, encore moins à la place que la voix publique me destine, à celle de secrétaire. » Le 1®' février, il écrit encore : « Le conseil que vous appelez sublime y mon ami, est de moi; j'ai donné l'idée, le plan, etc., etc. Mais le courage et la dextérité qu'a exigés l'exécution sont au ministre. » Enfin le 24 mars : « A peine revenu à Paris...

1. HUtoire secrète de la cour Je Berlin ou Correspondance d'un voya^ gew français, depuis le 5 juillet 1186 jusqu'au 49 janvier /7«7, t. II, p. 350.

2. Lettres du comte de Mirabeau à un de ses amis d* Allemagne, écrites durant les années 1786, 1787, 1788. 1789, 1790. S. L. 1792, in-12. L'ami auquel Mirabeau adressait ces lettres s'appelait le major de Mauvillou. Aussi nous arrivera- 1- il peut-être de citer le recueil, dont il s'agit, sous le litre plus court de Lettres au major de Mauvillon,

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je me suis aperçu que non seulement la place (de secrétaire des Notables), à laquelle il avait été bien diflicile de ne pas me destiner, dans des circonstances que j'avais eu le premier Tidée, Toccasion et le soin de faire naître, était donnée; mais que Tesprit des aftaires était devenu tel, le désordre des finances si effrayant, le mécontentement si universel, que le ministre, dépourvu, pour comble d'embarras, par la mort imminente de M. de Vergennes, du seul étai qui pût lui conserver quelque consistance, n'allait être occupé qu'à batailler pour sa sûreté personnelle, et non à organiser et à constituer la nation, qui ne le serait jamais par sa main : qu'en conséquence, il avait besoin de faiseurs de manifestes et non de collaborateurs, d'intrigants et de satellites, et non d'aides de camp citoyens. »

Nul doute qu'avant de communiquer à Galonné la trouvaille, dont il est si fier, Mirabeau n'en ait souvent conféré avec leurs amis communs, Glavière et l'abbé de Périgord, Panchaud le banquier genevois, le duc deLauzun et autres. Il n'avait pas, surtout dans l'intimité, l'habitude des réticences, et il a dû leur communiquer toutes ses arrière-pensées. Galonné n'a pas pu les ignorer. D'où vient qu'elles ne lui ont inspiré aucune appréhension ? c'est qu'il partageait la sécurité profonde dans laquelle toute la France continuait de vivre. Il souriait aux visées de son entourage comme à des rêveries indignes d'un homme d'État. Les contemporains, qui le jugent avec le plus de sévérité, sont obligés de reconnaître que sur ce point son erreur est parfaitement excusable. Sallier *, tout en recevant divers symptômes, dont « un ministre plus réfléchi » aurait tenu compte, et qui l'eussent empêché de « risquer des remèdes violents », se fait un devoir d'ajouter que ces symptômes

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