Annales françaises, p
Digiti
n'étaient pas assez graves pour inspirer la moindre <:rainte d'une révolution prochaine. Tant d'autres motifs contribuaient à rassurer les observateurs ! « On se rappellera en effet qu'à cette époque *, l'autorité royale, dans toute sa vigueur, semblait ne pouvoir jamais péricliter. L'idée d'une conspiration, d'un parti était effacée de tous les esprits. Ces actes d'insubordination, qui supposent une inquiétude audacieuse, paraissaient incompatibles avec nos mœurs paisibles et amollies. On voyait depuis longtemps les courtisans toujours occupés d'intrigues, mais jamais de factions; les parlements enclins à la contradiction, mais réduits à une opposition raisonnée et passive ; le peuple façonné à Tobéissance et laissant à peine échapper quelques soupirs; le caractère de la nation également porté à la légèreté et à la patience; et surtout l'amour et l'attachement des sujets pour leur roi, la fidélité et le dévouement à sa personne formant encore l'esprit public et le point d'honneur. Tels étaient les motifs de la sécurité à laquelle Galonné croyait pouvoir se livrer... S'il réfléchit un moment à la possibilité d'un revers, ce ne fut que par rapport à lui-même, et il n'envisagea, dans cette supposition, que la chance ordinaire d'une disgrâce, à laquelle il fallait s'attendre tôt ou tard dans . une cour aussi inconstante *. »
Galonné se berçait d'illusions moins excusables touchant l'attitude des membres que le roi choisirait pour composer la future assemblée. II se figurait que la plupart d'entre eux, sensibles à l'honneur d'un tel choix, en témoigneraient leur gratitude par une déférence absolue. Il ne tenait aucun compte de cette exaltation réactionnaire, ou, comme dit si bien Barnave, de cette ivresse, qui, depuis 1781, troublait le bon sens de l'aristocratie