‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 104 sur 362 · Mémoires, t. I, page · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, page

une partie de leurs moyens. Les Notables, en délibérant si longuement sur Forganisation des États, faisaient perdre un temps précieux. Si leur opinion devait coïncider avec l'opinion populaire, qui était trop forte pour qu'il fût permis de la contrarier, il n'y avait qu'à convoquer les États d'après cette opinion ; si elle devait y être contraire, on voyait dès lors qu'il ne serait pas possible de la suivre, comme en effet on ne la suivit pas, l'avis du seul bureau de Monsieur ayant été adopté contre celui des autres bureaux, parce qu'on jugea avec raison qu'on ne pouvait plus faire autrement. »

Là ne se bornent pas les critiques que soulève devant l'histoire la conduite de Necker. Il était déjà bien surprenant de voir un ministre, poussé au pouvoir par un courant d'opinion presque irrésistible, ne pas oser résoudre une question aussi essentielle que celle du doublement du tiers. Mais ce qui est encore plus étrange, c'est de voir ce même ministre demander des conseils aux Notables de 1787, exactement aux mêmes qui venaient de commettre des fautes si lourdes, et de montrer un aveuglement si impardonnable. Ce qui est non moins extraordinaire, c'est de le voir soumettre une quiestion qui intéresse le tiers état à une assemblée de privilégiés, et, qui pis est, de parlementaires. Lui-même, il reconnaît qu'en agissant ainsi, il s'exposait aux reproches du parti populaire, mais il s'en consolait en donnant aux ordres supérieurs un gage de modération dont ils ne lui ont guère tenu de compte. « Au milieu, dit-il S d'un embarras fortement senti par tous les membres du gouvernement, on considéra comme une idée heureuse la proposition de ramener les mêmes Notables, qu'on avait appelés près du roi l'année précédente. Il était hardi peut-être, avec la disposition des esprits

Page 1