‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 105 sur 362 · II · texte numérisé non relu

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déjà bien connue, de prendre pour conseil de direction une assemblée composée essentiellement de princes du sang, d'évêques, de grands seigneurs et de tous les chefs des cours souveraines. Et je demande à cette occasion si le rappel d'une telle assemblée annonçait de ma part un profond esprit de démocratie. »

Le plan de Necker ne pouvait offrir aucun avantage, sauf le cas où les Notables, entraînés par son influence^ auraient condamné la nouvelle théorie parlementaire, ou du moins posé les bases d'une transaction amiable. Fort de leur avis, Necker n'aurait plus craint de suivre les inspirations de sa conscience. Sur ce point, il se berçait, comme toujours, d'illusions trompeuses. Il venait de voir sombrer tout à coup la popularité de la magistrature et ne pouvait croire que l'aristocratie, tombant dans la même faute, s'exposât au même désastre. Telle paraît avoir été la cause de sa résolution. Telle est du moins celle qui résulte de l'explication fournie par sa IDle en ces termes : « On a reproché à M. Necker d'avoir consulté les Notables pour ne pas suivre leur avis. Sa faute consiste en effet dans le parti qu'il prit de les consulter. Mais pouvait-on imaginer que ces privilégiés, qui s'étaient montrés la veille si violents contre les abus du pouvoir royal, défendraient le lendemain toutes les injustices du leur, avec un acharnement si contraire à l'opinion générale? »

Peut-être enfin Necker avait-il une dernière raison pour ménager les privilégiés. Il est permis de la lui imputer sans scrupule, puisque, deux mois plus tard, il n'en a pas fait mystère dans un document public. Jusqu'alors, c'étaient les privilégiés qui faisaient et qui défaisaient les ministres. Il était tombé sous leurs coups en 1781, et il ne se souciait pas de s'exposer à pareille aventure en 1788. Mirabeau avait deviné d'avance les embarras d'une telle situation^ et l'influence qu'ils de-

vaient exercer sur un homme si incertain, si désireux de réunir tous les suffrages, si préoccupé de conserver une place qu'il avait tant regrettée. « Voilà enfin », écrivait-il le 27 août à son ami, le major de Mauvillon , « cet insensé archevêque de Sens renversé et Necker roi de France à sa place. Or celui-ci m'abhorre et a ses raisons. Il est donc possible que, par toutes voies, il m'interdise l'entrée aux États généraux... Mais il faut attendre et voir un peu venir le vent. Car on peut dire à Necker comme à Grésus : Pour croire à ton inaltérable bonheur^ attends le jour de ta mort. Royaliste ou national, voilà son alternative. S'il est le premier, il est perdu, car la nation ne veut plus de despotisme, et toute la puissance d'un homme, telle qu'on puisse la supposer, ne saurait combler un déficit de 140 millions, et consolider 280 millions d'anticipations, sans l'intervention nationale. S'il est le dernier, son règne ne sera pas long. La peur, qui l'a pris malgré la répugnance, le chassera aisément à Faide du ressentiment. Surtout, je ne crois pas son talent proportionné aux circonstances, et les défauts de son caractère suffiront au besoin pour dompter son talent. »

Afin d'échapper aux sombres prédictions de Mirabeau, Necker imagina de rester à la fois royaliste et national. Gomme royaliste, il donna aux privilégiés la satisfaction d'appeler à leur secours une assemblée de privilégiés; comme national, il eut soin de faire insérer dans l'arrêt du 5 octobre, un préambule fort encourageant pour le tiers état; c'était une réponse à l'arrêté rendu par le parlement de Paris le 25 septembre. « Sans doute », y lisait-on, « le roi aurait désiré que les formes, suivies pour la dernière tenue des États généraux, eussent pu servir de modèle en tous les points; mais

\. LeUre de Mirabeau à un de ses amis en Allemagne, p. 377 et 380.

Sa Majesté a reconnu que plusieurs se concilieraient difficilement avec l'état présent des choses, et que d'autres avaient excité des réclamations dignes au moins d'un examen attentif. » Suit une longue énumération des usages suivis en 1614, et qui semblaient inapplicables en 1789. Il est fort possible, comme on l'a prétendu jadis S que quelques erreurs volontaires se soient glissées dans cette partie de l'arrêt. Peu importe, elle n'en prouve que mieux l'intention de Necker de protester quand même contre la décision tranchante et absolue des parlementaires. « Le roi, ajoute Je préambule, veut que les États généraux soient composés d'une manière constitutionnelle, et que les anciens usages soient respectés dans tous les règlements applicables au temps présent, et dans toutes les dispositions conformes à la raison et aux vœux légitimes de la plus grande partie de la nation. Le roi attend avec confiance, des États généraux de son royaume, la régénération du bonheur public et raffermissement de la puissance de l'Empire français. L'on doit donc être persuadé, que son unique désir est de préparer à l'avance les vœux qui peuvent conduire à cette harmonie, sans laquelle toutes les lumières et toutes les bonnes intentions deviennent inutiles. » Sans doute, c'étaient là des phrases un peu vagues. On se demandait en les lisant, par quel système le ministre prétendait assurer le rétablissement de l'harmonie, dont il attestait la nécessité. Mais enfin il reconnaissait que les vœux de la^ plus grande partie de la nation avaient quelque chose de légitime. Cette déclaration suffisait pour rassurer le tiers état, et lui présenter Necker comme un protecteur bienveillant, sur lequel il pourrait compter au moment décisif.

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