Annales françaises, p
d'activité aux troubles, on joignait à cette demande celle d'un changement pareil dans la constitution des États de Bretagne, ou plutôt on ne demandait pas. Chaque corps municipal, chaque réunion de bourgeois, chaque corporatiop de marchands ou d'artisans, les bouchers, les boulangers, les tanneurs, les maréchaux, etc., prononçaient sur cette question de droit public, et prescrivaient impérieusement cette réforme pour la prochaine tenue des États provinciaux. Ces écrits, répandus dans le public, étaient en outre adressés aux principales villes du royaume pour leur servir de modèle. On y déplorait l'asservissement, la dégradation du tiers état. Il était temps, disait-on, que le peuple fût compté pour quelque chose, et qu'il cessât d'être regardé comme destiné à la gloire et à l'élévation du clergé et de la noblesse. On n'annonçait cependant encore, dans ces commencements, ni fureur, ni haine contre les premiers ordres. On était loin, disait-on \ de prétendre à partager toutes les prérogatives dont ils jouissaient. Toute société bien organisée admet des distinctions et des degrés pour les im-'ividus qui la composent. C'est le besoin qui le demande, c'est la raison qui l'exige; et, dans un pays comme la France, sans cette antique et respectable hiérarchie, tout ne serait bientôt que désordre et confusion. Sous ces paroles trompeuses, on recherchait des partisans et on cachait aux deux premiers ordres le sort qui leur était destiné. » Non, ces paroles n'étaient pas trompeuses. Tant que le tiers état put espérer quelqaes concessions des privilégiés, il resta lui-même dans les bornes d'une juste modération. La haine et la fureur ne vinrent que plus tard, résultat ordinaire des luttes qui se prolongent et qui, en se prolongeant, s'enveniment. De même, il est vraiment puéril