Considér, sur la Rév. fr., t. I, p
ce qu'on vous offre, rien de moins, rien de plus. » Eh bien! Necker fait espérer au tiers état qu'il finira par obtenir l'égalité devant l'impôt, et encore parce que les privilégiés paraissent disposés à y consentir, sans quoi la royauté défaillante abdiquerait sans doute le droit de les y contraindre. Mais c'est la seule réforme sociale sur laquelle ils doivent compter. Le roi ne souffrira pas que la plus légère atteinte soit portée aux autres privilèges du clergé et de la noblesse, non plus qu'à ce qu'ils considèrent comme rentrant dans la catégorie de leurs droits de propriété. Ainsi le régime seigneurial continuera de fleurir en France, avec ses abus inouïs et ses perpétuelles aggravations ^ La noblesse conservera ses prérogatives honorifiques aussi bien que ses droits féodaux, même ceux qu'elle a récemment usurpés. Elle sera seule admise aux grades de l'armée, aux emplois de la magistrature, aux dignités de l'Église. Point d'égalité ni devant la loi civile, ni devant la loi criminelle. La royauté se décide bien à sacrifier une partie de son pouvoir pour satisfaire les idées, le goût général de liberté. Mais elle refuse de prendre sous son égide les idées d'égalité, même les plus justes, les plus nécessaires, les plus inévitables. Au besoin, elle consacrerait ses derniers efforts à leur barrer le passage. Français de 1788, vous voilà tous prévenus. Vous n'avez qu'à lire le rapport du directeur général des finances. Si vous n'attendiez le triomphe de votre cause que de
1. On ne peut s'empêcher de sourire tristement à la lecture de tirades comme celle-ci : « Il n'entrera jamais dans l'esprit du tiers état de chercher à diminuer les prérogatives seigneuriales ou honorifiques, qui distinguent les deux premiers ordres, ou dans leurs propriétés, ou dans leurs personnes. Il n'est aucun Français qui ne sache que ces prérogatives sont une propriété aussi respectable qu'aucune autre, et que plusieurs tiennent à l'essence de la monarchie, et que jamais Votre Majesté ne permettrait qu'on y portât la plus légère atteinte. » Il paraît que le jour où il a écrit ces lignes, Necker n'entendait pas monter la grande vague.
Louis XVI et de son ministre, lasciate ogni speranza. Résignez-vous à vivre dans la même ornière.
Cependant, il n'est pas douteux qu'en apprenant le résultat du conseil, le tiers état tout entier se livra aux démonstrations d'une joie indescriptible. C'est que tout s'effaçait à ses yeux devant l'objet principal, immédiat de la décision, le seul qui lui parût essentiel à ce premier moment, parce qu'il était le seul qui lui permit de procéder aux élections franchement et sans subterfuges. Le reste était affaire d'avenir, que les États généraux se chargeraient de régler. D'ailleurs l'immense majorité partageait les illusions de Meunier. Elle ne croyait pas, elle ne pouvait pas croire à la sincérité des restrictions et des réserves, dont Necker avait fait tant d'étalage. On s'attendait à voir le gouvernement faire un nouveau pas dans la voie du progrès et reconnaître que le doublement entraînait, comme conséquence, la délibération commune. Quant à la minorité révolutionnaire, nous savons déjà quels étaient ses desseins. Le premier point obtenu, elle se croyait plus sûre que jamais de conquérir le second. « Les partisans de la révolution, dit Sallier S reçurent ce résultat avec transport. Leur club à Paris illumina comme après une victoire, et l'espoir, changé en certitude, accrut les forces et l'audace. Necker ne fut pas moins vain de ce triomphe. Toujours idolâtre de lui-même, il se persuada qu'il avait vaincu toute opposition et remporté tous les suffrages. La critique, dit-il, s'entendit à peine au milieu des applaudissements universels. » S'il faut en croire Mme de Staël, son père recueillit même, à l'origine, des approbations sur lesquelles il n'aurait pas osé compter. « Jamais, dit-elle % résolution partie du trône ne produisit un enthousiasme pareil à celui