Archives parlem., t. I, p. o69-o
2. « On répandit surtout les écrits du sage Mably, qui, dans des temps où la vérité se réfugiait dans le cabinet des gens de lettres, avait prévu, prédit, et pour ainsi dire ordonné les États généraux. Son livre devint le catéciiisme des Français. » Œuvres de Rabaut-Saint-Etienne, t. I, p. 281. Précis de VHist. de la Rév. fr.
de proscrire, et ne voit, dans ce honteux trafic de tyrannie et de tolérance, que le lucre du privilège exclusif d'un jour! Le roi a donné des assemblées à la plupart de ses provinces, et le précis de ces assemblées, ouvrage indispensable pour en saisir l'ensemble et pour en mettre les résultats à la portée de tous les citoyens, le précis, imprimé à Strasbourg chez Levrault, d'abord permis, puis suspendu, puis arrêté, ne peut franchir les barrières, dont la police, à l'envi de la fiscalité, hérisse chaque province du royaume, où l'on semble vouloir mettre en quarantaine tous les livres pour les purifier de la vérité. Certes, ils commettent un grand attentat, ceux qui, dans la situation où se trouve la France, arrêtent l'expansion des lumières. Ils éloignent, ils reculent, ils font avorter, autant qu'il est en eux, le bien public, l'esprit public, la concorde publique... »
Necker n'osa pas rester longtemps sous le coup de ces éloquentes invectives. D'ailleurs, il était incapable de méconnaître ce qu'elles avaient de juste. A vrai dire, ce n'était pas à la veille d'une enquête nationale, comme la rédaction des Cahiers, qu'il convenait au gouvernement d'arrêter les écrits politiques, d'étrangler la discussion, de nuire à l'instruction des masses, de quelque source qu'elle leur vînt. Dans une occurrence si extraordinaire, les inconvénients mêmes de la licence s'effaçaient devant les avantages incontestables de la liberté. Ce fut bien pis, quand il eut plu aux princes de la maison royale de livrer à la publicité leur trop fameuse Lettre. En face de ce défi porté à Topinion publique et que le gouvernement n'avait pu prévenir, comment empêcher le tiers état de se défendre? « L'autorité, » dit à ce propos Rabaut-Saint-Etienne, « n'avait pas assez de bras pour accabler tant d'adversaires. La liberté de la presse
i. Œuvres, t. I, p. 282. Précis de VHist de la Rév. fr.
existait en fait; on tâchait vainement de la gêner par des ordres sourds; les livres sortaient de partout, et plusieurs étaient écrits dans un langage populaire, qui les mettait à la portée des dernières classes de la société. Le gouvernement fut enfin obligé de laisser tout écrire et tout dire. Quelques princes du sang opposèrent à tant d'écrits un Mémoire, alors fameux, où étaient exposées toutes les prétentions de ce que, depuis, on a nommé V aristocratie, c'est-à-dire les privilèges d'un petit nombre d'hommes, vivant aux dépens de tous, ou les humiliant par leur autorité. Ce mémoire ne servit, comme toutes les autres imprudences des grands, qu'à accroître la résistance et la force du peuple. » Cette fois, toutes les digues étaient rompues ; il n'y avait plus moyen de contenir l'inondation.
De son côté, le parlement, au milieu de ses perpétuelles fluctuations, avait un instant conçu la pensée d'opposer son autorité vieillie au débordement des écrits populaires ; il ne tarda pas à s'en repentir. Il commença par condamner plusieurs ouvrages, auxquels l'opinion publique n'attachait pas grande importance, entre autres un Commentaire roturier sur le noble discours adressé par Monseigneur le prince de.,, à Monsieur, frère du roi, dans rassemblée des Notables, L'auteur, qui était sans doute un humble et obscur écrivain, fut même obligé de se cacher pour échapper aux poursuites *. Le 17 décembre 1788, nous trouvons encore la mention d'un arrêté solennel, « rendu les chambres assemblées, les pairs y séant, qui condamne un imprimé, ayant pour titre : Délibération à prendre par le tiers état dans toutes les municipalités du royaume de France, à être lacéré et brûlé par l'exécuteur de la haute justice *. » Ce fut là la