‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 148 sur 362 · Louis XV et Louis XVI, p · texte numérisé non relu

Louis XV et Louis XVI, p

Pendant que le conseil du Roi s'occupait à préparer le nouveau code électoral, le royaume était inondé par un déluge d'écrits de toute espèce. Vers la fin de 1788, la publication des brochures prit des proportions telles qu'elle est restée le fait caractéristique de cette époque. Elle constitue, pour ainsi dire, une crise particulière au milieu de la crise générale. Nous verrons bientôt, dans les Cahiers, ce que voulait la France entière, celle des campagnes et celle des villes, les paysans aussi bien que les bourgeois. C'est ici le cas d'examiner d'abord ce que pensaient les classes lettrées et quelles idées elles s'efforçaient de propager autour d'elles.

Quelle que soit l'origine de ce mouvement, soit qu'on l'attribue aux dispositions de l'arrêt du 8 juillet, dans lequel Brienne avait fait appel aux lumières de tous les hommes instruits, soit qu'il ne faille y voir que le produit naturel de l'effervescence, entretenue et développée par la gravité des circonstances, il n'en est pas moins vrai que le gouvernement en conçut dès l'abord une certaine inquiétude. Il s'efforça d'en arrêter, ou du moins d'en entraver la marche. Mais sa police, plus ardente que sage, s'en prit à des publications qui ne méritaient nullement ses rigueurs, et, par ses maladresses, prêta le flanc à de justes critiques. D'ailleurs Necker avait réclamé trop haut les droits de la presse, dans l'intérêt de sa propre défense; il était trop soucieux de sa popularité pour se montrer bien sévère. A la première protestation un peu retentissante, il crut prudent de mettre une sourdine au zèle de ses subordonnés, et peu à peu les poursuites cessèrent, la liberté reparut, et avec elle la licence, sa compagne inséparable.

Au nombre de ceux qui contribuèrent à affranchir les brochures de toute espèce de contrôle, figure Mirabeau. Nous savons qu'il s'était interdit d'exprimer son opinion personnelle sur les questions du jour, dans la crainte de compromettre une candidature qui lui tenait tant au cœur; mais; la liberté, dont il n'usait pas pour lui, il la voulait pour les autres, pleine, entière, absolue, et il la réclama avec cette éloquence entraînante, quoique un peu emphatique, qui caractérise presque tous ses écrits. Au début d'un ouvrage, qu'il publia à la fm de 1788, sur la Liberté de la presse, et qu'il dit imité de l'anglais, de Milton, je relève le passage suivant ' : « C'est au moment où la nécessité des affaires, la méfiance de tous les corps, de tous les ordres, de toutes les provinces, la diversité des principes, des avis, des prétentions, provoquent impérieusement le concours des lumières et le contrôle universel; c'est dans ce moment que, par la plus scandaleuse des inconséquences, on poursuit, au nom du monarque, la liberté de la presse, plus sévèrement, avec une inquisition plus active, plus cauteleuse, que ne l'a jamais osé le despotisme ministériel le plus effréné. Le roi demande des recherches et des éclaircissements sur la constitution des États généraux et sur le mode de leur convocation.., et ses ministres arrêtent Touvrage posthume d'un des publicistes les plus réputés de la nation ^ . Et soudain la police, convaincue de sa propre impuissance pour empêcher la circulation d'un livre, effrayée des réclamations qu'un coup d'autorité si extravagant peut exciter.., paye les exemplaires saisis, vend le droit de contrefaire, de publier ce qu'elle vient

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