Annales françaises, p
2. " Le docteur Guillotin... fut mandé à la grand'chambre, ainsi que
le parlement de Paris se permettait de proscrire une liberté tolérée par le gouvernement. Ils résolurent de vider la question, et, forts de l'opinion publique, ils se dévouèrent eux-mêmes à des poursuites, dont l'issue ne leur inspirait aucune crainte. Devant cette menace d'une lutte à outrance, le parlement comprit qu'il n'aurait pas le dessus et jugea prudent de battre en retraite. A partir de cet incident, il se renferma, vis-à-vis des écrivains de tout genre, dans une réserve absolue. «Le parlement consterné, continue Sallier S ne pouvait que déplorer, dans ses délibérations sans résultat, la ruine évidente et prochaine de la monarchie... Il s'était fait une loi presque absolue du silence, parce qu'il était certain d'être abandonné et même désavoué par le roi. La prudence lui disait de ne pas compromettre vainement les restes d'une autorité déjà trop peu respectée, et surtout d'éviter que ses arrêtés ne devinssent la cause ou le prétexte de désordres plus grands. Il osait à peine élever la voix pour censurer la licence inouïe des libelles. Il est des temps, disait l'avocat général Ségnier, dans l'un de ses éloquents réquisitoires, où les ministres de la justice doivent par pudeur cesser d'interroger ses oracles. » Malheureusement, ce n'était pas par pudeur qu'ils se taisaient. Ils l'avouent eux-mêmes, c'était pour sauver les derniers restes de leur popularité déchue. Ils étaient bien habitués à se voir désavouer par le roi, et jamais cette crainte ne les avait retenus. Mais, ils ne pouvaient s'ac-
rimprimeur et les syndics des notaires. Ils y arrivèrent au travers d'une multitude immense, curieuse d'apprendre les suites de cette affaire. Au moment même que le parlement s'en occupait, une foule de citoyens signait la pétition dans les salles du palais : ce qui prouvait aux magistrats qu'il était de leur prudence d'avoir égard aux circonstances délicates, dans lesquelles ils se trouvaient. L'auteur de cet ouvrage, interrogé d'u-n ton sévère sur ses principes et sur ses opinions, soutint avec courage la cause de la nation, et les juges n'osèrent ni le condamner, ni l'absoudre. » Hist. de la Rév. fr., par deux amis de la liberté, p. 161-162.