Eodem, p
coutumer à se voir désavouer par cette opinion, qu'ils avaient prise pour règle constante de leur conduite.
Débarrassées de toute entrave , les brochures se multiplièrent à Tinfini. On raconte qu'un amateur en réunit 2 500, rien que dans les derniers mois de 1788, et qu'il renonça à continuer une collection, qu'il désespérait d avoir complète *. Si riche que soit aujourd'hui la Bibliothèque nationale, son immense catalogue ne saurait donner qu'une idée imparfaite du prurit de publications qui s'empara alors de la France. Pareille chose ne s'était pas encore vue jusque-là, et je ne sais si jamais elle s'est reproduite depuis avec la même intensité. Nous avons aujourd'hui des journaux, qui nous dispensent des brochures. A la veille de 1789, nos pères n'avaient à leur disposition que des journaux privilégiés, absolument soumis à la dépendance du gouvernement. C'est pour cela qu'ils ont été contraints de se rejeter sur les brochures, et Dieu sait qu'ils usèrent largement de la compensation. La crise éclate partout à la fois. Elle s'étend jusqu'aux parties les plus reculées du royaume. La seule nuance qui distingue les brochures publiées à Paris de celles publiées en province, c'est que ces dernières ne sont pas exclusivement consacrées à l'examen des questions générales ; elles se préoccupent aussi des intérêts locaux; elles se rattachent plus ou moins aux luttes particulières qui agitent certains pays. Néanmoins, les voix qui arrivent de province ne sont pas moins écoutées que celles qui partent de la capitale. Quelques-unes ont autant de retentissement, sinon davantage. Les écrits du comte d'Entraigues et de Rabaut-Saint-Etienne en Languedoc, de Meunier en Dauphiné, de Volney à Rennes et à Angers, plusieurs autres encore, comptent parmi celles qui produisirent le plus d'impression sur