II
tenaient leur couronne que de Dieu et de leur épée, ajoute que cette manière de défendre le trône lui causa peut-être plus de dommages que toutes les attaques dirigées contre lui *. » Mais la véritable cause de division, qui menaçait d'éclater entre les privilégiés et le tiers état, c'est que les uns ne voulaient pas abdiquer leurs privilèges et que les autres n'entendaient pas renoncer à en poursuivre la suppression. C'est aussi par là que les brochures réactionnaires se distinguent nettement des brochures libérales. Elles s'efforcent d'atténuer les avantages que la noblesse est parvenue à réunir entre ses mains. Elles tentent de prouver aux lecteurs que les misères du peuple sont affreusement exagérées. En tous cas, elles répètent, sans cesse et sur tous les tons, « cet éternel refrain », que, si la noblesse jouit de privilèges, elle les a payés en répandant son sang sur tous les champs de bataille de l'Europe. On eût dit que l'argument répondait à tout. Gerutti finit par faire observer que les nobles ne formaient qu'une petite partie de ces armées françaises, victorieuses ou vaincues en tant de rencontres. D'où vient qu'on ne comptait pour rien les soldats tombés à côté d'eux? « Le sang du peuple était-il donc de l'eau? » Le mot fut bientôt dans toutes les bouches, et les privilégiés eux-mêmes comprirent que désormais ils devraient se montrer plus sobres de leur argument favori.
En dehors des privilèges proprement dits, il y avait encore un autre sujet de discorde, non moins grave, et peut-être même beaucoup plus difficile à extirper : je veux parler des droits féodaux. En général, les brochures réactionnaires ne s'en occupent pas du tout. Elles semblent admettre que ces droits, constituant des propriétés analogues à toutes les autres, ne pouvaient être