‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 20 sur 362 · IL · texte numérisé non relu

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assemblées provinciales lui étaient presque aussi suspectes que les assemblées des communautés. Habituée, depuis 1781, à compter sur les faveurs du gouvernement, elle préféra lui demander le rétablissement des anciens états, dans leur forme primitive, qui assurait aux ordres supérieurs une prépondérance sans contrepoids. A cette nouvelle, une vive agitation éclata dans le pays. Le barreau d'Aîx, où se trouvaient des hommes, comme Portails, Pascalis, Siméon, Bouche et autres, déjà célèbres et appelés à le devenir encore davantage, donna le signal de la résistance. Portalis écrivit le Mémoire, que nous venons de citer, dans lequel il dénonçait les vices d'institutions oubliées depuis 1639, et démontrait rinjustice qu'il y aurait aies ressusciter tout à coup. Nouvellement nommé assesseur, Pascalis alla plus loin encore. Il publia à Aix une brochure ^ pour soutenir que, tant que les privilégiés refuseraient de concourir aux charges publiques, ils ne pouvaient prétendre aucune part à Fadministration du pays, sous quelque forme qu'elle fût organisée. En réponse à la question imprudemment soulevée par eux, il en pose une autre bien plus grave et d'une portée bien plus étendue, celle de savoir si le temps n'était pas venu de proclamer le grand principe de l'égalité devant l'impôt. « Les administrations provinciales, qui viennent d'être instituées, disait-il, n'ont été établies que pour ramener toutes les classes de citoyens à une égale contribution. Cette égalité peut seule tarir la source des contestations qui, depuis quatre siècles, fatiguent les différents ordres : elle cimentera la paix et l'union de la famille. » De telles paroles n'avaient pas besoin -d'être recommandées par le mérite de l'auteur et les hautes

1. Mémoire sur la contribution des trois ordres aux charges publiques et communes de la province, par Pascalis, assesseur. A Aix, chez Gibelin David et Emeric David, d787, iii-4.

fonctions dont il était revêtu. Elles répondaient au sentiment général et reçurent, dans toutes les classes du tiers état, un accueil enthousiaste. Néanmoins la noblesse insista sur sa demande, et, par une singulière inconséquence, le gouvernement, qui venait de refuser aux Dauphinois le rétablissement de leurs anciens états, réclamés par tout le monde, fmit par accorder celui des états de Provence, sollicité par un petit groupe d'habitants. Un édit de décembre 1787 les convoqua dans la ville d'Aix pour la fin du mois, tout en exprimant le vœu qu'ils indiquassent, dès leur première session, les justes changements qu'il importait de faire subir à l'organisation jadis usitée.

La séance d'ouverture eut lieu le 31 décembre 1787. Le clergé y était représenté par tous les dignitaires de la province, prélats, vicaires généraux, doyens des chapitres, abbés, etc.; la noblesse par 128 gentilshommes possédant-fiefs. Le tiers état comptait seulement o6 membres, dont 21 syndics de vigueries, et 35 consuls des villes principales. Encore faut-il rappeler que, de ces derniers, un grand nombre étaient nobles, et ne siégeaient sur les bancs du tiers état qu'en vertu d'une fiction, qui ne trompait personne. C'est dans de telles conditions d'infériorité numérique, que figuraient aux états d'Aix ces communautés provençales, accoutumées depuis si longtemps à trôner presque seules aux assemblées générales de Lambesc. Pour elles toute discussion, toute lutte devenait insoutenable. Elles n'avaient plus qu'à s'incliner devant la volonté souveraine des ordres supérieurs.

Deux questions surtout les intéressaient. Et d'abord, celle qu'avait posée le gouvernement lui-même. Quelle serait l'organisation future des états, quelles modifications devaient subir les formes anciennes? Sur ce point, la noblesse et le clergé eurent la sagesse de reconnaître

l'impossibilité de maintenir un système si défectueux. Ih se prononcèrent en faveur de la double représentation du tiers. Mais, sur la question soulevée par le Mémoire de Pascalis, leur attitude fut bien différente. La noblesse offrit, comme maximum des sacrifices qu'elle consentait à subir, de contribuer aux dépenses des chemins, et, en outre, de payer une somme de quatre mille francs pour subvenir à l'entretien des bâtards. Le clergé se montra encore moins généreux. Il réduisit ses offres à la moitié de celles que venait de faire la noblesse. Ni les uns, ni les autres ne comprirent que leur véritable intérêt était de faire la part du feu, et de prévenir par d'habiles concessions, les exigences auxquelles le cours des choses allait bientôt donner lieu ^ En vain, l'archevêque président, monseigneur de Boisgelin, prélat libéral, ancien condisciple de Turgot, essaya de ramener la majorité de l'assemblée à l'adoption de mesures plus sérieusement conciliatrices. Pour appuyer ses efforts, il comptait sur l'intervention de Pascalis, qu'il interpella de donner son avis. Pascalis refusa. Il était blessé par les factums injurieux que la noblesse venait de publier contre lui *. Ce n'était pas devant un tribunal décidé d'avance à le condamner, qu'il entendait élever la voix. Abandonnés à eux-mêmes, les humbles syndics des vigueries ne savaient quel parti prendre. Ils finirent par accepter, à tout événement, les offres des pri-

1. « La noblesse de Provence, de même qu'ailleurs, ne comprit pas ses véritables intérêts. On ne lui demandait pas, en 4787 et 1788, l'abandon de ses fiefs. Les écrivains les plus ardents du tiers état ne lui disputaient pas ses privilèges honorifiques. Les exemptions pécuniaires étaient le seul objet du débat. Si elle eût bien vu l'état des choses, elle se fût résolue à un sacrifice qui consolidait son ordre, en lui enlevant un germe d'impopularité... » Pascalis, par Ch. de Ribbe, p. 68.

2. « Des défenses imprudentes parurent en son nom et pour elle. Pascalis y était apostrophé en ces termes : « Vos talents méritent bien des égards, mais votre parti n'en mérite point... » Eodem, p. 69.

vilégiés sous la réserve de demander davantage et d'en référer à la justice du roi.

Lorsque les états se séparèrent, les deux partis étaient déjà fort excités l'un contre l'autre, et chaque jour aigrissait leurs dispositions respectives. Le jour même de la clôture, 1^' février 1788% les députés du tiers état, avant de regagner leurs foyers, tinrent à Aix une réunion particulière, dans laquelle ils concertèrent entre eux les termes d'une lettre de doléances, destinée au roi Louis XVL Ils y énuméraient tous leurs sujets de plaintes, depuis que le ministère avait eu l'étrange idée de changer un régime cher à l'immense majorité de la population, et de le remplacer par des états dont tout le monde reconnaissait le vice. Ils demandaient qu'au moins il fut permis aux communautés de Provence de se réunir une dernière fois, dans une assemblée générale, « où elles puissent se choisir des défenseurs et pourvoir à tout ce qui serait nécessaire au maintien de leurs droits. » A la suite de cette lettre, et les députés rentrés chez eux, de toutes parts les communautés s'agitent, s'assemblent, délibèrent. Plus hardies et plus exigeantes que leurs députés, elles repoussent avec dédain les offres des ordres supérieurs, offres insuffisantes, offres dérisoires, et réclament à grands cris le rétablissement pur et simple du système des assemblées générales. De son côté, la noblesse tient bon : elle se réunit à Aix, les 7, 8 et 9 février, sans y être mieux autorisée que les communautés, et là, sous les yeux de l'autorité, qui la laisse faire, elle demande au gouvernement de frapper d'une censure rigoureuse le Mémoire de Pascalis.

Au milieu de ce conflit imprévu, le ministère ne savait à quoi se résoudre. Il est d'ailleurs probable que

1. Sur les événements qui suivent, voyez Lavergne, Assemblées prO' vinciales, p. 470-472, et de Ribbe, Pascalis, p. 96 et suiv.

ses embarras se compliquaient de perpétuelles divergences d'opinion. A ce moment, la Provence se trouvait comprise dans le département confié à Breteuil, qui en profita pour blâmer sévèrement la conduite dos communautés. Quelques jours après, Brienne, au contraire, fit droit à la principale de leurs demandes, et leur permit de se réunir, comme d'habitude, en assemblée générale. On a prétendu que c'était de sa part un acte de faiblesse et d'irréflexion. Il n'avait pas songé « qu'il revenait ainsi lui-même sur ce qu'il avait fait en rétablissant les anciens états *. » Je serais plutôt tenté de croire qu'il commençait à sentir la lourde faute qu'il avait commise ou laissé commettre, en encourageant les prétentions de la noblesse et du clergé. Désespérant de l'appui des ordres supérieurs, il cherchait un peu tard à gagner celui du tiers état. Toujours est-il que l'assemblée générale des communautés s'ouvrit à Lambesc, le 4 mai 1788, en la forme ordinaire, avec la seule différence qu'elle n'était plus présidée par l'archevêque d'Aix. Là, sous le couvert de l'autorité royale, et en présence de l'intendant Gallois de la Tour, les Provençaux purent renouveler, à leur aise, les protestations qu'ils avaient déjà formulées contre les privilégiés, et consacrer par un vote solennel les théories égalitaires préconisées dans le Mémoire de Pascalis.

Pendant qu'ils étaient en session, survient la publication des édits de mai. Le parlement d'Aix refuse son enregistrement, s'emporte en protestations violentes, et ne cède qu'aux menaces de la force publique, dirigée par le comte de Garaman, gouverneur de la province. Gertes les magistrats ne jouissaient d'aucune popularité. On leur reprochait d'avoir, en toute occasion, pris fait et cause pour les seigneurs féodaux contre les paysans et

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