‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 227 sur 362 · Arch. pari., t. VI, p · texte numérisé non relu

Arch. pari., t. VI, p

nombre de bourgeois étaient possesseurs de seigneuries et ne se souciaient pas de compromettre les revenus qu'ils en tiraient. Mais Necker s'est chargé de nous apprendre que, longtemps avant 1789, les gens aisés du tiers état avaient renoncé à acquérir ce genre de biens, dont l'énormité du droit de franc-fief avait dégoûté leur vanité. Ceux d'entre eux, qui nourrissaient le goût de la propriété immobilière, de la propriété pour ellemême, avec ses produits et ses agréments naturels, n'avaient pas moins à profiter de la destruction du régime féodal que les paysans, qui la réclamaient avec tant d'ardeur. Dans le fait, ce sont eux qui ont le plus gagné, sous ce rapport, à la révolution française. Entre leurs mains, la propriété moyenne s'est développée bien plus que la petite. On a prétendu aussi que le régime féodal comptait une foule de défenseurs parmi les hommes de loi et les praticiens qu'il faisait vivre. Mais on oublie que ceux-là, dépopularisés par la nature des occupations, dont ils avaient consenti à se charger, suspects au tiers état tout entier, n'exerçaient autour d'eux qu'une fort mince influence, et n'étaient certainement pas capables d'imprimer l'empreinte de leurs passions personnelles sur les cahiers de bailliages ou de sénéchaussées. Quand on parle au contraire de l'influence incontestable et pleinement justifiée, qu'exerçaient à cette époque les hommes de loi en général, on ne fait allusion qu'à ceux qui avaient eu le bon esprit de conserver leur indépendance, et qui ne s'étaient mis, sous aucune forme, au service d'un régime abhorré.

La modération, qui nous frappe, s'explique naturellement par des causes, qui la mettent à l'abri des moindres reproches. Les classes éclairées du tiers état avaient, nous le savons, déserté les campagnes et elles étaient venues chercher dans les villes privilégiées, un refuge contre les abus du régime féodal propre-

ment dit, en même temps que contre ceux de l'ancien régime au sens plus large du mot. Là, elles vivaient dans un état d'immunité, qui leur rendait la tolérance facile. Non seulement elles n'enduraient plus les mêmes souffrances que les paysans, mais elles étaient arrivées à ne plus se rendre un compte exact de ces souffrances. Je trouve la preuve de ce fait curieux, dans le cahier du bailliage de Nemours, source remarquable entre toutes , peut-être même la plus remarquable de toutes celles que contient la collection. Dupont, qui en est l'auteur, après une scrupuleuse étude des cahiers de paroisses, commence'les chapitres, qu'il a consacrés aux doléances des campagnes, par l'observation suivante * : « On sait confusément dans les villes, que le tiers état n'a pas été un ordre favorisé ; on n'y connaît qu'une très faible partie de ce qu'il a souffert dans les campagnes : et il faut avoir beaucoup vécu au milieu des cultivateurs pour s'en former une juste idée. C'est bien le même peuple qui habite toute la France; mais les familles qui se sont fixées dans les villes..., n'ont pu s'empêcher de prendre quelques-uns des préjugés des ordres supérieurs..., d'imaginer que le commerce et la jurisprudence sont encore plus importants que l'agriculture, de regarder le titre de bourgeois ^ comme plus honorable que celui de paysan... La ville capitale du bailliage de Nemours se flatte avec justice d'avoir moins qu'aucune autre du royaume de ces préjugés et de ces principes affligeants pour les cultivateurs et nuisibles à leur noble profession. Cependant les citoyens de cette ville, qui ont concouru à faire l'extrait des cahiers des différentes paroisses et communautés

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