‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 261 sur 362 · L'Ancien Régime et la Révolution^ p · texte numérisé non relu

L'Ancien Régime et la Révolution^ p

éclater, on n'a encore aucune idée précise de ce qu'elle va faire. Parmi la foule des cahiers, je n'en trouve que deux où se montre une certaine appréhension du peuple *. Ce qu'on redoute, c'est la prépondérance que doit conserver le pouvoir royal, la cour, comme on l'appelle encore. La faiblesse et la courte durée des États généraux inquiètent. On a peur qu'on ne les violente. La noblesse est particulièrement travaillée de cette crainte. Les troupes suisses, disent plusieurs de ses cahiers, prêteront le serment de ne jamais porter les armes contre les citoyens, même en cas d'émeute ou de révolte. » Les cahiers vont encore bien plus loin. Ils ne se contentent pas d'exiger des troupes étrangères une simple prestation de serment, ils demandent leur suppression complète, leur éloignement absolu. « Les États généraux », disent ceux du tiers état de la province d'Anjou *, prendront les moyens de nous délivrer des troupes étrangères, toujours inutiles et ruineuses, et trop souvent suspectes et redoutables. » Mais, à la rigueur, on conçoit des mesures de proscription contre les troupes étrangères, mesures que nous avons vues reparaître à la suite de 1830 et qui ne sont pas encore abrogées. Ce qui nous étonne bien davantage dans les cahiers, ce qui est véritablement caractéristique de l'époque, c'est l'esprit qui anime les classes supérieures, contre l'armée proprement dite, l'armée nationale. Nos radicaux d'aujourd'hui seraient vraiment jaloux s'ils connaissaient les théories et les vœux exprimés par les gentilshommes de 1789. La noblesse d'Agen ^ demande « que les militaires rentrent dans tous les droits des citoyens, dont un régime arbitraire les avait privés, et

1. Lesquels? M. de Tocqueville n'a pas coutume d'indiquer ses sources. Ici, il m'a été impossible de retrouver les cahiers auxquels il fait allusion.

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