Arch. pari., t. IV, p
non pas négatif, mais suspensif, et applicable, selon les formes indiquées dans le paragraphe troisième de ce chapitre, aux propositions qui seraient faites par la chambre des communes. Il juge que, par cette distribution des chambres, toutes les vérités utiles seraient parfaitement développées..., que Ton préviendrait le danger des résolutions précipitées, qui peuvent devenir si funestes aux nations, et que l'union des trois ordres dans chaque chambre contribuerait à fondre tous les intérêts dans le même intérêt. » Au fond, Dupont de Nemours pense comme Mounier; et tous les chefs modérés du tiers état partagent à peu près leur opinion. Ils reconnaissent tous les avantages du dualisme parlementaire. Mais ils veulent arriver, coûte que coûte, à la suppression ou à la confusion des ordres : et, pour ne pas compromettre ce résultat, qui pour eux doit passer avant tous les autres, ils s'accordent à rejeter le système de chambre haute, qui se présente le premier à Fesprit, le plus naturel, le plus simple, parce qu'ils en sentent le danger, parce qu'ils craignent, en l'adoptant, de donner une consécration nouvelle à cette distinction funeste, qu'ils ont résolu d'abolir. Ils se lancent alors à la recherche d'une foule de combinaisons plus ou moins satisfaisantes, dont l'opinion publique ne voit que les imperfections, qu'elle rejette à son tour comme plus ou moins bâtardes, et qui la ramènent en définitive au système beaucoup plus simple de l'unité.
Les révolutionnaires eux-mêmes ne combattent le dualisme qu'en vue d'arriver plus sûrement à la suppression politique des ordres. Le cahier du tiers état de la sénéchaussée de Rennes inscrit en tête de son projet d'organisation future un article ainsi conçu * : « Les
i . Arch. pari., t. V, p. 539.
États généraux seront composés des députés de toute la nation, complètement et uniformément représentée dans tout le royaume, sans distinction d'ordre. Toutes les classes du peuple, de la ville et de la campagne, seront appelées à fournir et choisir des députés, sans aucune prépondérance, sans aucun avantage légal d'une classe sur l'autre. » Puis, quand il croit avoir porté à la distinction des ordres un coup irréparable, le cahier de Rennes se préoccupe des inconvénients d'une assemblée unique, et il essaye d'y pourvoir, sans nuire à l'objet principal qu'il se propose, par le moyen de l'article suivant : « Toute délibération des États généraux concernant la législation et les finances, sera rédigée en forme de loi, au nom du roi et des États généraux. Aussitôt qu'elle sera arrêtée, elle sera rendue publique par la voie de l'impression et délibérée encore deux fois dans l'assemblée, savoir : quinze jours après la première publication et après la quinzaine suivante. C'est ainsi, et non par une chambre haute, que l'on doit préserver la nation des inconvénients, qui pourraient naître de l'activité d'un corps législatif opinant par tête. » Ainsi, toujours la même crainte, toujours ce même fantôme de chambre haute, dans laquelle on entrevoit le dernier refuge de l'aristocratie. Supposez qu'en 1789, le tiers état n'ait pas été tourmenté par le soin de mettre un terme à la division des ordres, évidemment, il aurait préféré le dualisme législatif à cette unité, dont il reconnaissait les vices. Son opinion n'est ici qu'une opinion de circonstance, à laquelle il importe de ne pas donner plus de portée qu'elle n'en saurait avoir.
Mais ce n'est pas seulement l'opposition du tiers état qui devait empêcher l'adoption du système des deux chambres. On oublie trop que les ordres supérieurs l'ont combattu avec autant d'énergie et peut-être même
avec plus de passion. La noblesse surtout ne s'y est pas épargnée. Pourquoi? C'est ce que vont nous apprendre quelques passages extraits de ses cahiers. La noblesse de l'Anjou s'exprime ainsi * : « S'il était proposé de réunir l'ordre du clergé à celui de la noblesse, pour n'en former qu'une chambre, alors les députés de la noblesse d'Anjou requerraient que l'ordre entier se retirât dans sa chambre et, là, demanderaient le maintien de la distinction des trois ordres. Si la majorité de la noblesse réunie était de n'en faire que deux, ce que la noblesse d'Anjou ne peut présumer, alors ses députés protesteraient contre, en demanderaient acte, et continueraient néanmoins de prendre part aux délibérations. Quelque extraordinaire que fût la proposition de répartir l'ordre du clergé dans les deux ordres, de manière à ce qu'une partie du clergé devînt membre de l'ordre de la noblesse, et que l'autre partie prît séance dans Tordre du tiers état , la prévoyance fait un devoir à la noblesse de la province d'Anjou de charger ses députés d'employer toute leur énergie pour combattre un projet destructeur de la constitution, et qui tendrait à la subversion de la monarchie. » On voit par ces mots, que le projet de recruter une chambre haute, dans les rangs de la noblesse et du clergé réunis, inspire aux gentilshommes de l'Anjou une vive antipathie et comme une sourde colère. Mais ils ne laissent pas éclater la véritable cause du sentiment qui les anime. Nous en trouvons l'explication dans le cahier de la noblesse de Blois, où elle est formulée en ces termes : « La noblesse du bailliage de Blois % informée du bruit qui se répand d'un projet, formé par quelques grands du royaume, de composer une chambre particulière et d'en rendre les sièges héréditaires dans leurs familles; considérant