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comme leurs fonctions, quoique bornées à l'espace d'une année par la jurisprudence, sont très avilissantes, puisqu'elles consistent à exploiter dans la terre du seigneur, à exécuter les ordres des jurats, et à faire la collecte des cens et droits dus aux seigneurs, c'est une véritable peine infligée par le seigneur, contre les habitants qu'il nomme, et cette peine a été souvent un instrument de vengeance contre les habitants honnêtes, qui ont eu le malheur de déplaire à leurs seigneurs. Votre Majesté sera suppliée d'ordonner que les seigneurs médiats ne pourront nommer pour leurs bayles, que les sujets qui voudront s'y soumettre volontairement, ou autrement qu'ils seront indiqués par la communauté. » Je ne puis m'empécher d'ajouter qu'ici le cahier de Béarn montre certainement plus d'indulgence que n'en mérite l'abus dénoncé par lui. Voyez-vous un hobereau de campagne, obligeant tout à coup un bon et brave père de famille, honnête et laborieux, à lui servir, pendant un an, d'huissier, de porteur de contrainte, que sais-je? Il est de bon goût aujourd'hui de railler les conquêtes de 1789. Au moins conviendra-t-on que personne de nous n*a plus à redouter que son voisin lui inflige le métier de bayle ou telle autre corvée du même genre.
Nous avons eu déjà plusieurs occasions d'établir que les exigences de la féodalité provençale n'étaient pas moins excessives , et parfois encore plus ridicules que celles de la féodalité Béarnaise. On se rappelle ces seigneurs, qui, la veille de la révolution, s'arrogeaient le droit de faire porter aux consuls des communautés la livrée de leurs laquais. S'il nous convenait de fouiller plus à fond les cahiers de paroisse de la sénéchaussée d'Aix, nous y trouverions bien d'autres exemples des excès, qui contribuaient à rendre le régime féodal profondément haïssable. Mais nous en avons dit assez sur
VICES DU RÉGIME FÉODAL Ml
cette région, pour n'avoir pas besoin d'insister davantage. Jetons plutôt un coup d'œil sur la Bretagne. Arthur Young, qui vient de la parcourir, nous apprend déjà que « nulle part la distinction entre la 7ioblesse et les rotimers n'est si tranchée , si insultante , si oppressive qu'en Bretagne * » . C'est que nulle part les droits féodaux ne sont plus exagérés ni plus absurdes. Il nous suffirait, pour en donner la preuve irrécusable, de reproduire ici textuellement le cinquième chapitre du cahier du tiers état de la sénéchaussée de Rennes ^ Il débute en ces mots : « Nécessité pressante d'abolir la féodalité, cri universel et imposant de toutes les paroisses de cette sénéchaussée. — L'homme, le paysan surtout, est tyranniquement asservi sur la terre malheureuse , où il languit desséché : rentes fixes et pesantes, poursuites vexatoires pour les exiger ; apprécis injustes pour les augmenter ; rentes solidaires et revanchables ; rentes chéantes et levantes; fumages (?), rachat à toute mutation, et par mort, en ligne directe, comme en collatérale; retrait féodal, lods et ventes au huitième et même au sixième denier; rachats iniques dans leur origine surtout en Bretagne, plus iniques encore par les extensions qu'on leur a données, banalité de moulin, de four, de pressoir; corvées coutumières, corvées par titres ; corvées par usement de fiefs, corvées établies par d'injustes arrêts, corvées arbitraires et de fontaine; servitudes; prestations^ bizarres et onéreuses; cueillettes de rôles incollectibles ; aveux , impunissement (?) ; procès ruineux et sans fin; la verge du fisc seigneurial toujours agitée sur nos têtes ; vexations, ruine, outrages, violences ; servage funeste, sous lequel les paysans, presque au niveau des serfs polonais, ne seraient jamais que malheureux, avilis et opprimés : tels sont les ta-