‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 298 sur 362 · Arch. pari., t. 11, p · texte numérisé non relu

Arch. pari., t. 11, p

exigent donc de réduire le clergé à moins de richesses, comme nous le réclamons ailleurs. »

Nulle part le détail des charges, qui pèsent sur les communautés rurales, n'est exposé plus complètement et avec plus de précision que dans le cahier du village de Wasigny, misérable bourgade à peine composée de deux cent dix feux, située sur les frontières de la Champagne. On en jugera par l'article cinq, que nous reproduisons textuellement malgré sa longueur ^

« Le territoire de Wasigny ne consiste qu'à environ 1000 arpents d'héritages. Son sol n'est ni des meilleurs, ni des plus mauvais ; mais il demande une intelligence particulière pour le cultiver et beaucoup de chevaux et d'ouvriers. Il est possédé, bien les trois quarts, par les ecclésiastiques, le seigneur et les propriétaires forains ; et les charges de la communauté consistent, savoir :

Au Roi.

<t 1» La taille, capitation, etc 2 900 liv.

2<» Les vingtièmes 1 500

3» Le sel 5 012

4" Le tabac, environ 3 500

5° Les corvées royales 500

6» Le contrôle, etc., environ 500

7» Les aides 4 000

17 912 liv.

Au Clergé.

« 1° La (lime au quinzième, compris les frais 4 000 liv.

2» Le casuel 400

4 400 liv.

Au Seigneur.

« 1« Le terrage au douzième, compris les frais, etc., à la

charge du laboureur 3 000 liv.

2» Le droit d'assise . 1 000

30 La bourgeoisie 120

4" Le hallage, compris les frais de halle, etc 2 000

5° La banalité de moulin : mille personnes de tous âges à quatre septiers chacun, le droit de mouture, et celui des menus grains pour les bestiaux, produit 2 500

.« Total 8620 liv.

i. Arch. pari., t. VI, p. 231 et suiv.

CHARGES qu'il SUPPORTE 543

Charges locales.

l» Un maître d'école et son casuel 700 liv.

2» L'entretien des ponts, de la tour de l'église et du clocher et les corvées bourgeoises 1 200

3° Les difficultés qu'on veut nous faire, pour l'entretien de la nef de l'église, malgré nos titres , et celui du presbytère, mis ici à néant et en attendant

4° Les droits d'étalon. 50

b° Les milices 300

6° Les ports et réception d'ordres et de faux frais 60

T" Les autres frais ordinaires de communauté, comme garde-terroir, pâtre, etc 1 500

3 810 liv.

« Le tout fait un total de 34 742 livres

« Sur cela notre communauté a pour tous biens communaux environ 500 arpents d'héritages, en prairie, affermée, par devant notaire, la somme de 22 livres *, et la communauté dépense pour nourrir ses pauvres et autres quêtes encore bien 3000 livres.

« On peut, d'après cela, juger de l'indispensable nécessité de faire une refonte de toutes les impositions, pour n'en former, comme on Ta dit, qu'une seule, sur les biens, les personnes et les marchandises...

« Que tous autres impôts soient anéantis, comme aussi les charges ecclésiastiques et seigneuriales, sauf, comme on l'a dit, à remettre par l'État, aux ecclésiastiques, seigneurs et propriétaires, les mêmes revenus qu'ils touchent et perçoivent sur le pauvre peuple. »

Pour le coup, personne ne sera tenté de reprocher aux doléances des paysans de Wasigny un défaut de précision. Ils nous donnent par sou, maille et denier, le budget des charges qui les écrasent. A peine s'il leur reste quelques milliers de livres, pour subvenir aux

1. Evidemment il y a là quelque erreur d'impression. Si la commune de Wasigny a bien 500 arpents d'héritages, en prairie, elle les afferme plus de 22 livres, ou, si elle ne les afferme que 22 livres, c'est qu'elle n'en a pas 500 arpents. La dernière supposition est évidemment plus probable que l'autre.

besoins indispensables de leur pauvre communauté. La presque totalité de leurs ressources se trouve épuisée d'avance par le seigneur, l'église et le roi. Entre ces trois créances, ils ne distinguent ni la nature ni l'origine ; à leurs yeux, celle du seigneur constitue un véritable impôt, tout comme celle du roi, et, quoiqu'on dise, ils ne se trompent guère. Parmi les redevances qu'ils payent, la moindre partie [seulement, le terrage, peut être considéré comme le prix d'une concession de terrain, et encore, s'il fallait remonter à la source des choses, trouverait-on que, là aussi, il n'y a qu'un abus de la puissance féodale. En tout cas, et sauf quelques nuances peu importantes, le fait qui domine la situation, c'est la coexistence d'un triple impôt, qui grève à la fois les campagnes, impôt seigneurial, impôt ecclésiastique, impôt royal. Sous le poids de cette triple charge, les habitants de Wasigny disent à l'État : « Il est évident que nous payons trop, vous ne sauriez le méconnaître. Eh bien! Fixez raisonnablement, équitablement, la somme que comportent nos ressources, somme unique, que nous vous verserons à vous, à vous seul. Ensuite vous vous arrangerez avec le seigneur et le clergé, pour les indemniser, s'il y a lieu. » Ce qu'ils disent, bien d'autres le pensaient, et même bien d'autres ajoutaient que l'État n'aurait pas grand'chose à remettre, s'il ne donnait que ce qui était dû.

Sans entrer dans des détails aussi précis, et notamment sans invoquer aucun chiffre, le petit cahier du village d'Artignosc, en Provence *, n*en est pas moins instructif ni moins digne d'attention. Celui-là évidemment n'est copié sur aucun modèle : il est bien l'expression sincère et naïve des sentiments de la petite assemblée, au nom de laquelle il a été rédigé. Aussi n'y

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