‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 300 sur 362 · II · texte numérisé non relu

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dans Beaudinard, le village le plus voisin de nous autres.

« Ensuite, dîme ecclésiastique, droits de paroisse, casuel, charges des communautés particulières, entretien des maisons curiales et églises.

« Clochers et autres bâtiments (Les seigneurs ne payent rien, même pour leurs biens roturiers, pour les différentes charges des communautés).

« Deniers royaux, impositions de sel; les charges effrayantes de la province^ pour tant de chemins et autres ouvrages accordés à la seule faveur.

« Que reste-t-il, après cela, très illustre assemblée, aux pauvres habitants des campagnes? Il ne leur reste encore que d'être méprisés, vexés, par les dits possédant-fiefs. Il est temps que Ton soit plus juste et plus raisonnable : il faut songer à leur soulagement... Le sieur maire a ordonné, en plein conseil, de rédiger la relation de toutes les charges, que les malheureux habitants supportent. Les larmes ont coulé des yeux de toute l'Assemblée, en voyant qu'il ne leur restait plus que les yeux pour pleurer, si le monarque bienfaisant ne venait à leur secours. Toute l'Assemblée a crié par acclamation : Vive la bienfaisance du roi , qui veut mettre les peuples sous sa protection... La fidélité est la reconnaissance des peuples. Nous jurons fidélité, obéissance, soumission à Louis XVI, qui sera à jamais appelé le père des peuples. A Artignosc, le 24 mars 1789. » Suivent les signatures.

Arrêtons-nous à cet humble et touchant résumé des doléances populaires. Il nous montre combien il eût été facile à la royauté, mieux dirigée, de trouver dans les masses un appui dévoué, enthousiaste; il lui suffisait de ne pas prendre fait et cause pour leurs plus mortels ennemis. Ce même document nous prouve, que ce n'est pas un seul grief qui a soulevé les paysans contre l'an-

CHARGES qu'il SUPPORTE 547

cien régime, c'est la réunion de trois griefs accumulés. Si nous comparions aujourd'hui l'impôt que nos pères payaient à la royauté, avec celui que nous-mêmes nous payons à l'État, sans doute la comparaison ne serait pas à l'avantage de ce dernier. Mais ce dont nous ne saurions plus nous faire idée, c'est de l'effet produit par le triple fardeau, qui grevait jadis nos campagnes, impôt royal, impôt ecclésiastique, impôt seigneurial. Aussi quelle misère ! quel cri de détresse ! Ecoutez le cahier de Ghatellerault, un échantillon pris entre cent : « Les députés, dit-il S exposeront la misère affreuse des habitants de la campagne, réduits, dans toute la sénéchaussée, à se nourrir à l'ordinaire de pain et d'eau, et souvent à manquer même de pain, lequel est toujours le plus noir et le plus grossier. » Ajoutezy ce passage emprunté au cahier de Nîmes ^ : « Le tiers état de la sénéchaussée, en mettant sous les yeux de Sa Majesté les très respectueuses représentations de son bon peuple des campagnes, ne peut éviter d'affliger son cœur paternel, en lui parlant des maux de cette partie intéressante de ses sujets. Il épargne à la sensibilité de Sa Majesté le tableau douloureux de la misère, qui règne dans un grand nombre de contrées, surtout dans les Gévennes, où les impôts, . levés pour le prince, sont peut-être les moins onéreux, où le peuple peut à peine se procurer sa subsistance, où ce sont des haillons qui le couvrent et de mauvais pain qui le nourrit, et où des vexations, d'autant plus faciles qu'il est faible, et d'autant plus odieuses qu'il est malheureux, lui enlèvent le prix de ses travaux. » Moins d'un siècle s'est écoulé depuis que ces lignes ont été écrites. A son tour, la France contemporaine a traversé de rudes et terribles épreuves, et cependant quelle différence! Nous ensom-

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