‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 33 sur 362 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Annales françaises, p

tiques, et comme un pareil coup d'Etat était au-dessus des forces de l'autorité royale, on appela le tiers état pour le charger du soin de la vengeance... Le roi, fatigué de sa situation, demandait les moyens d'en sortir et n'en proposait aucun. Incertain et sans énergie, il n'embrassait avec chaleur aucune résolution; mais on était sûr avec de l'intrigue et de la persévérance de lui faire adopter celle qu'on lui présentait. Il consentait plutôt qu'il n'approuvait. On ne lui laissa même pas connaître toute l'étendue du plan projeté. Ce plan d'ailleurs ne s'éloignait pas de ses propres idées; ce prince était naturellement populaire par timidité, par faiblesse, et aussi par bonté. Le gouvernement égaré ne connut donc plus de mesure pour courir à sa perte, et alors commença réellement la révolution. Dès lors, jusqu'à l'ouverture des États généraux, on va voir le roi sur la même ligne que les factieux, professer leurs principes, corrompre l'opinion publique, et appeler le peuple à la sédition. » Sallier ne s'aperçoit pas ici de la contradiction dans laquelle il tombe, à quelques lignes d'intervalle. Si Louis XVI avait bien la faiblesse de caractère qu'il lui prête, ce prince devait être incapable de l'esprit de suite et de noirceur soutenue qu'il lui reproche. La seule chose vraie, c'est que, malgré sa mansuétude habituelle, la conduite des ordres supérieurs avait fini par lui causer une irritation profonde, et le disposait à permettre toutes les- mesures de représailles, qui lui seraient proposées. De son côté, la reine souffrait cruellement des atteintes portées par l'aristocratie à l'autorité de la couronne. Les remontrances du clergé venaient de mettre le comble à son mécontentement. Jamais peut-être, les ministres n'avaient été plus libres de se livrer aux inspirations de leur dépit, sans crainte, ni retenue.

Gomment l'idée qu'on leur suppose ne se serait-elle

pas présentée à leur esprit? En définitive, il ne s'agissait que de ramener la royauté à la politique traditionnelle, qui, durant tout le moyen âge, avait fait sa force et sa grandeur. Déjà Galonné avait signalé la nécessité de ce retour. Brienne avait laissé pressentir des vues analogues à l'assemblée des Notables. Le chemin était ouvert : il n'y avait qu'à le suivre avec sagesse et résolution. D'ailleurs le gouvernement était réduit au choix d'une double alternative : ou capituler devant les ordres supérieurs et leur livrer les destinées de la France, ou faire appel au tiers état, c'est-à-dire à l'immense majorité de la nation. En vain les privilégiés soutiennent que le premier de ces partis était seul acceptable. « Un grand fonds de fidélité et d'honneur, disent-ils \ animait en général les premiers ordres, les magistrats et l'armée. Ces défenseurs-nés du trône l'eussent environné. Leur dévouement eût été d'autant plus énergique , qu'ils avaient pu être un moment soupçonnés. « Singulier raisonnement, qui équivaut à prétendre que plus les privilégiés s'étaient montrés hostiles, plus la cour devait avoir confiance en eux. Elle préféra tirer de leur hostilité une conséquence plus logique. Puisque ceux qu'elle avait comblés de faveurs depuis 1781, l'en récompensaient si mal, elle tourna ses regards vers ceux qu'elle avait injustement sacrifiés. La fidélité du tiers état lui sembla mieux garantie par la longue résignation de ses membres, ou par leur attitude réservée, que celle des privilégiés par leurs exigences et leurs bravades. Elle hésita d'autant moins qu'ici le soin des intérêts de la couronne concordait avec les suggestions de la vanité blessée.

Mais, dans la conduite des affaires de ce monde, les meilleures idées ne valent que par l'application qu'elles

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