‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 32 sur 362 · Sallier, Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Sallier, Annales françaises, p

exercé sur sa conduite qu'une action très secondaire. Tout au plus lui a-t-il servi d'encouragement; et encore! Il n'avait pas plus que les privilégiés de confiance dans la sincérité des ministres. Dtyà, il s'habituait à faire ses affaires lui-môme. Il marchait avec une prudence diplomatique, comme le prouve l'assemblée de Vizille. Mais il marchait à sa guise, sans prendre grand souci des actes d'un gouvernement auquel il ne croyait plus.

N'est-ce pas une autre chimère, que d'imputer à l'arrêt du 5 juillet l'origine de ce déluge d'écrits qui inonda la France, dans les derniers mois de l'année 1788? Et d'abord, cet arrêt n'autorisait personne, même les savants, même les membres de l'Académie à publier leur opinion sur les questions à l'ordre du jour : il les invitait seulement à transmettre le résultat de leurs études au garde des sceaux. Quiconque voulait aller plus loin, livrer à l'impression un mémoire, une brochure, restait soumis à la nécessité de demander un privilège spécial, et le gouvernement n'abdiquait pas son droit de refus. Si les successeurs de Brienne n'ont pas usé de la faculté, qu'il leur avait laissée intacte, ce n'est pas sa faute à lui. C'est d'ailleurs, qu'en pareille occurrence , il est presque impossible 'd'entraver la liberté de la presse. Dans une occasion moins sérieuse, on avait déjà vu ce prurit général de publications éclater avec une intensité presque égale. C'était après le coup d'Etat de 1771 . Maupeou n'avait pas cherché à s'y opposer. Ce qu'il avait permis, pouvait-on le défendre, quand il s'agisssait de la convocation des États généraux, et quand on n'avait pas trop des lumières de tous pour éclairer une situation si nouvelle? Les gouvernements les plus soupçonneux se relâchent de leur sévérité ordinaire, pendant ce que nous appelons la période électorale. Il ne faut pas s'étonner si le gouvernement de Louis XVI leur en a donné l'exemple. Mais Brienne n'y

est pour rien. Supprimez Tarrêt du 5 juillet. Supposez que les États généraux aient été convoqués, sans enquête préliminaire, comme ils le furent peu après par l'arrêt du 8 août, évidemment les choses auraient suivi le même cours.

Le reproche le plus grave, suivant nous, qu'ait encouru l'arrêt du 5 juillet, est bien différent de ceux que lui adressent les contemporains. « Il y avait vraiment de la folie », dit un écrivain de notre époque S « dans le fait d'un gouvernement qui tout à coup se prenait à dire au pays : nous ne savons comment conduire les affaires et nous prions les citoyens de nous donner leurs conseils; et il est prodigieux que le pays, au lieu de répondre par cent brochures niaises , n'ait pas répondu par trois lignes sensées, disant : si vous ne savez pas gouverner, allez- vous-en et laissez la place à d'autres. — L'arrêt du 5 juillet était donc de la part de Louis XVI une abdication. En demandant au public de l'aider de ses lumières pour l'organisation future du royaume, il jeta sa couronne dans la rue et les passants la ramassèrent. » Evidemment, c'est aller trop loin que d'accuser un roi de jeter sa couronne dans la rue, par cela seul qu'il se donne la peine de consulter les populations, avant de statuer sur leurs destinées. A le prendre isolément, l'arrêt du 5 juillet ne justifie pas des conclusions si sévères. Mais quand on le rapproche des actes qui le suivirent, on ne tarde pas à y reconnaître le premier indice d'un système qui allait devenir celui du gouvernement de Louis XVI, aussi bien sous le ministère de Necker que sous celui de Brienne. Au lieu de prendre la direction du mouvement, la royauté trouve plus habile et plus commode de se traîner à sa remorque. Elle évite de trancher elle-même les difficultés qui l'in-

1. Cassaguac, Hist. des caiise.9 de la Rév. fr., t. H, p. 314.

quiètent : elle attend qu*on lui force la main. Quelquefois, comme ici, elle invite d'avance ses sujets à manifester leurs désirs. Par ce moyen, elle croit dégager sa responsabilité, et elle ne fait que donner de nouvelles preuves de sa faiblesse. Le jour n'est pas loin où la France, sans lui dire allez-vous-en, lui dira : vous ne pouvez plus faire seule les affaires du pays, je veux m'en occuper à mon tour.

L'examen de l'arrêt du 5 juillet nous conduit à celui d'une question qui s'y rattache. Est-il vrai que le gouvernement de Louis XVI, contraint de renoncer à l'exécution des édits de mai, et ne sachant plus comment sortir d'embarras, ait cherché son salut dans l'adoption d'une politique absolument nouvelle, qui consistait à s'appuyer sur le tiers état contre la noblesse et le clergé? Tous les contemporains l'ont cru. Ils le disent et le répètent à l'envi les uns des autres, aussi bien Mme de Staël, qui ne dissimule pas ses sympathies pour une pareille tentative, que Sallier auquel elle arrache de véritables imprécations. Celui-ci ne l'impute pas seulement aux ministres, il en fait peser la responsabilité sur la cour et sur le roi lui-même. « Toujours inconsidérés, dit-il % dans l'ardeur de leur vengeance, ils espérèrent obtenir par la discorde ce qu'ils n'avaient pu conquérir par la force. Imbue de cette politique triviale, divisez pour régner, la cour se persuada qu'elle pouvait trouver son salut dans des troubles encore plus grands. La magistrature, la noblesse, le clergé avaient résisté; on médita l'anéantissement de ces corps poli-

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