PRÉCAUTIONS CONTRE L'ÉMEUTE A PARIS
ayant le droit de prendre contre le désordre des mesures respectées? Qu'est-ce qui empêchait de renouveler, sur des bases satisfaisantes, les municipalités des villes et bourgs, comme on venait de le faire dans les villages? Les ministres de Louis XVI jugèrent plus simple de ne rien essayer, au risque de ne trouver nulle part aucun appui contre l'émeute. Il ne faut donc pas, empruntant les paroles de M. de Tocqueville, raconter « comment une grande révolution administrative avait précédé la révolution politique et les conséquences que cela eut ' ». Pour être exact, il faut dire : Comment, à la veille de il 89, V ancien régime avait désorganisé le peu d'administration qu'il eût, sans se donner la peine d'établir, à la place, une organisation sérieuse, doû résulta le plus effroyable désordre.
C'est surtout à Paris qu'apparaissent, avec une douloureuse évidence, l'aveuglement et l'incurie du gouvernement de Louis XVI. Je sais bien que jusqu'alors les hommes d'État s'étaient accoutumés * « à voir Paris trembler sous un lieutenant de police et une garde de huit cents hommes à cheval. » Aucune ville du royaume ne leur causait moins de soucis. Lorsque, par hasard, une émotion populaire faisait redouter quelque velléité d'émeute, deux régiments d'élite, celui des gardes-françaises et celui des gardes-suisses se tenaient prêts à venir au secours du guet. Presque toujours les gardes françaises avaient pour colonel un maréchal de France,
1. C'est la rubrique que M. de Tocqueville lui-même a inscrite en tête du chapitre vu, livre III, de son livre. h'Ancien Régime, p. 309 et suivantes.