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qui prenait, à ce titre, le commandement des deux corps, de manière à combiner leur action. Avec d'aussi faibles ressources, habilement employées, le gouvernement maintenait sans peine la tranquillité dans les rues de l'immense capitale. Depuis plus d'un siècle, on ne pouvait citer- aucun exemple de troubles, dont la répression eût nécessité de plus grands efforts. Mais les temps étaient bien changés. Il ne s'agissait plus d'émotions passagères ou d'émeutes sans gravité. La révolution d'une part, et la disette de l'autre, ces deux causes réunies menaçaient Paris d'agitations, en face desquelles les anciennes garanties d'ordre devenaient insuffisantes, d'une insuffisance manifeste et presque ridicule.
Ce n'est pas que la véritable population parisienne fût devenue beaucoup plus à craindre. A propos des élections, nous avons déjà fait observer que nulle part, en France, les électeurs n'avaient montré moins d'empressement dans l'exercice de leurs nouveaux droits. Nulle part les classes supérieures du tiers état ne témoignaient moins d'ardeur révolutionnaire. Elles ne songeaient pas plus à provoquer une révolte qu'à y prendre une part quelconque. D'un autre côté, « le bas peuple », s'il faut en croire Sallier \ « était tellement frappé de l'idée de la puissance du gouvernement et de son énergie, que, malgré son indulgence et ses encouragements, les plus hardis eussent tremblé de se mettre en avant. » Mais, depuis quelques mois, un élément étranger s'était infiltré dans les rangs de la population parisienne. Parmi les moyens que le gouvernement consacrait au soulagement des misères publiques, il imagina d'ouvrir des ateliers de charité ', dans lesquels
i. Annales françaises, p. 312-313.
2. 2 décembre 1788, ordonnance de police, qui règle les dispositions préliminaires relatives à l'établissement des ateliers de charité, accordés
PRÉCAUTIONS CONTRE l'ÉMEUTE A PARIS 627
il offrait aux ouvriers sans ouvrage une aumône déguisée sous forme de salaire. « On leur faisait remuer sans utilité, comme sans objet, la terre de la montagne de Montmartre; et le gouvernement les payait à la journée ^ » Ce premier spécimen des ateliers nationaux produisit le même effet que ceux que nous devions revoir, en 1848. S'ils appelaient à Paris quelques ouvriers de bonne volonté, chassés par la misère des pays environnants, ils y attiraient surtout une foule de vagabonds, de mendiants, de gens sans aveu, prêts à tous les désordres, capables de toutes les violences. Réunis « à la proximité des barrières qu'ils devaient bientôt incendier *, » ils y constituaient une agglomération menaçante pour la tranquillité de la capitale. Désormais rémeute trouvait là, sous sa main, le noyau de l'armée, que le peuple de Paris n'osait pas encore lui fournir.
Elle ne tarda pas à faire de nouvelles recrues et à compléter son effectif. Cette fois , ce n'était plus une foule de désœuvrés ou de vagabonds, accourus de la banlieue, à la première nouvelle de l'ouverture des ateliers de charité. C'étaient des hommes venus, l'on ne sait d'où, « étrangers de tous les pays, la plupart déguenillés, armés de gros bâtons, et dont l'aspect effrayant suffisait pour faire juger de ce que l'on devait en craindre ^ » Tous les écrivains de l'époque sont d'accord pour signaler cette redoutable apparition dans les premiers mois de 1789. D'après Sallier, ils répondaient à l'appel des chefs du parti révolutionnaire, qui voulaient, « par l'emploi de la terreur, disposer les esprits à une soumission absolue * ». Il faudrait donc
par le roi pour procurer du travail et des secours, pendant l'hiver 1788-1789. Lois anciennes, t. 28, p. 632.