Annales françaises, p
60 l^ CHUTE DE l'ancien RÉGIME
sait roccasion de faire sentir aux membres du clergé les conséquences de leur opposition systématique, et, pour les mieux effrayer, il exagérait lui-même ses propres craintes. Il leur montrait un avenir qu'au fond du cœur il ne croyait pas si sombre, et qu'en tout cas il était bien loin de souhaiter.
Dans une autre page de son livre *, le même auteur s'exprime ainsi : « La Bretagne fut choisie pour être le premier théâtre des discordes qui devaient suivre cette provocation à l'insurrection. Déjà, pendant le ministère de Loménie, lorsquMl avait été question d'envoyer une députation des trois ordres pour réclamer la liberté des douze gentilshommes enfermés à la Bastille, le corps municipal de la ville de Quimper, à l'instigation du subdélégué de l'intendant, avait refusé de faire cause commune avec le reste de la province, parce qu'il voulait que ses députés, dans cette occasion, fussent en nombre double de ceux des deux autres ordres. » Sur quoi Sallier se fonde-t-il pour attribuer à l'intervention du subdélégué la conduite fort naturelle des municipaux de Quimper? Il ne le dit point. Quoi qu'il en soit, il ne cite, dans tout le duché de Bretagne, qu'un seul fonctionnaire de l'intendance dont les actes lui paraissent suspects. N'est-ce pas la meilleure preuve que le gouvernement ne leur avait pas encore transmis à tous des instructions? Weber, en effet, dit bien qu'après la journée du 31 mai % Brienne conçut « l'idée d'opposer division à division, de soulever le tiers contre les deux premiers ordres et d'en faire un rempart pour le trône. » Mais il ne signale aucun acte d'exécution avant le mois d'août suivant, époque où la première phase de la lutte se termina par le renvoi des députations bretonnes et la convocation des états particuliers de la pro-