Mémoires et coirespondances de Lafayette, t. II, p
ilO LA CHUTE DE L 'ANCIEN RÉGIME
qui, les premiers entre tous, venaient de proclamer le grand principe de l'égalité absolue devant l'impôt? Les classes inférieures avaient bien d'autres vœux à former, bien d'autres abus à poursuivre. Le jour où la Révolution allait leur promettre la satisfaction des uns et la suppression des autres, elle pouvait compter sur leur adhésion enthousiaste et leur concours énergique. Voilà ce que la noblesse et le clergé s'obstinaient à ne pas voir. Pour excuser l'aveuglement de leur conduite, M. de Lavergne a dit un mot bien vrai et bien digne d'être retenu * : « On ne savait pas encore au mois de juillet 1788, jusqu'à quel point la France détestait l'ancien régime! » Mais apparemment ses victimes le savaient déjà. Eh bien! dans tout le royaume, personne n'avait plus à se plaindre de l'ancien ordre de choses que les masses populaires. Personne ne lui portait une haine plus violente. Ce n'est pas leur indifférence ou leur apathie qu'il fallait redouter. C'était plutôt l'explosion d'une colère, si longtemps comprimée, et qui n'attendait, pour éclater, qu'une occasion favorable.
Une circonstance fortuite, en mettant le comble à la misère du peuple, vint tout à coup le réduire au désespoir, et bientôt le pousser du désespoir à la révolte. Nous avons vu qu'avant l'assemblée des Notables, la France avait été déjà éprouvée par une continuelle série de fléaux divers. Les années qui suivirent ne furent pas plus heureuses. « Une succession de plusieurs mauvaises récoltes avait dégarni tous les marchés % » lorsqu'une dernière catastrophe jeta, dans les campagnes, la désolation et la ruine. L'orage du 13 juillet 1788 est resté célèbre, moins encore par les désastres qu'il produisit, que par les conséquences politiques et sociales qu'il entraîna. Il a été l'objet d'une enquête ouverte