NECKER ET LES ÉTATS GÉNÉRAUX
quelques mois d'intervalle, d'avouer son erreur et de confesser son impuissance, il aurait dû continuer la politique du duumvirat et maintenir les édits de mai avec toutes leurs conséquences ? Evidemment ce n'était pas pour cela qu'il avait été nommé. Ce n'était pas pour cela qu'on venait de le délivrer de Lamoignon. La politique du duumvirat était condamnée par ceux-là même qui l'avaient mise en pratique ou qui s'y étaient le plus ardemment associés. Le retour de Necker au pouvoir ne s'expliquait que par l'adoption, devenue indispensable, d'une politique absolument différente. Personne à cette époque ne s'étonna de le voir prononcer la révocation des édits de mai, rendre la liberté aux députés bretons, rappeler les parlements à l'exercice de leurs fonctions ordinaires. Tout le monde applaudit à ces mesures réparatrices. Mais dira-t-on, puisqu'il faisait tant que de rompre avec la politique du duumvirat, pourquoi persister dans le projet de convocation des États généraux? De même qu'il annulait les édits de mai, ne pouvait-il aussi revenir sur les arrêts du conseil du 5 juillet et du 8 août?
Nous touchons ici à l'un des principaux griefs, que formulent contre Necker les partisans de l'ancien régime. A les entendre, on croirait que c'est lui qui a eu l'idée de convoquer les États, et que, sans lui, leur réunion n'aurait pas eu lieu. Pour répondre à ce prétendu reproche, nous n'avons qu'à citer deux passages, l'un emprunté à Mme de Staël, l'autre à Necker en personne. Jamais Mme de Staël n'a été mieux inspirée. Voici dans quels termes elle réfute, et, prenant à son tour l'offensive, elle flagelle l'opinion des ennemis de son père * : « Si M. Necker, en sa qualité de ministre, ^vait proposé la convocation des Etats généraux, on