Mémoires, 2e édit., p
212 LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉQIUE
de M. Necker qui résista longtemps, qui en prévoyait les inconvénients, et ne céda qu'à l'impression que faisait sur lui la voix publique. Personne n'a su, hors de sa société intime, combien il a balancé sur ce fameux Résultat du conseil^ et avec quelle inquiétude il Ta promulgué, car il avait une sagacité rare, pour apercevoir dans le plus grand détail et dans le plus grand éloignement, les vices, les inconvénients de chaque mesure; et c'est cette faculté d'étendre à Tinfini ses observations qui le rendait si indécis. Je n'attachais pas au doublement du tiers tous les inconvénients que la conduite du gouvernement a rendus irrémédiables. J'avais, sur cette grande affaire et sur l'ensemble des mesures à prendre dans ces circonstances, des idées différentes de celles de M. Necker et de ses collègues. Je les développai dans le temps, et j'ai souvent gémi de ne pouvoir les faire adopter. M. de Montmorin, avec qui je m'étais lié, lorsqu'à son retour d'Espagne, il passa à Toulon, fut le seul qui en parut frappé; il les appuya, mais inutilement. » A elle seule, cette assertion d'une voix autorisée et dont personne ne suspecte la véracité, suffirait à nous éclairer sur les véritables dispositions de Necker. Elle est d'ailleurs confirmée par un autre témoignage, non moins digne de confiance, celui de Lally-ToUendal K « On s'est éloigné de la vérité en représentant Necker comme entraîné par une aveugle prévention à ce doublement du tiers. Ses perplexités ont été à ce point qu'il a eu, dans son cabinet, un premier rapport imprimé, dans lequel il refusait au troisième ordre un nombre de représentants égal à celui des d^ux. ordres supérieurs. Il donnait seulement à plusieurs grandes villes la satisfaction d'élire un plus grand nombre de députés. Nous tenons de l'archevêque