‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 12 sur 331 · SES SUITES ET SES CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

SES SUITES ET SES CONSÉQUENCES

avaient demandé en juillet 1787, et qui alors aurait comblé leurs vœux. En juillet 1788, leurs prétentions avaient grandi. Ils se sentaient assez forts pour régler euxmêmes leurs affaires. Dès que la noblesse apprit Farrêt du conseil du 2 août, elle se réunit à Grenoble sous la présidence du comte de Morges, et déclara que, sans souci d^une mesure qui ne lui inspirait aucune confiance, elle persistait dans la résolution qu'elle avait prise à Vizille. De son côté, le tiers état, décidément entraîné dans Talliance des ordres supérieurs, ne dissimula pas qu'il les suivrait à Romans. Il n'y avait plus de doute possible. Brienne, exaspéré de l'insuccès de ses tentatives, revint au système de rigueurs, qui lui avait si mal réussi, sans se demander si les circonstances lui permettaient d'en espérer une meilleure réussite. « Il avait donné l'ordre de faire arrêter Meunier et le comte de Morges, quand il fut lui-môme renversé et remplacé par Necker '. »

Sa chute épargna au gouvernement la faute de compromettre, dans un nouveau conflit, le peu d'autorité qui lui restait. A vrai dire, il n'avait plus, en Dauphiné, im seul agent auquel il pût confier le soin d'y soutenir une lutte quelconque. Dès le début de la crise, l'intendant de Grenoble s'était effacé devant le commandant de la province. Maintenant, on en était venu à se demander s'il y avait encore un commandant; ou plutôt il y en avait deux, également impuissants, en face de populations hostiles et surexcitées. Voici en effet l'étrange av^iture que raconte un auteur digne de foi *. Le jour où le maréchal de Vaux, piqué au jeu par la conduite provocante des Dauphinois, et pressé par les instructions qui lui étaient transmises de Versailles, voulut agir avec moins de faiblesse, « il rencontra tout à coup

4. Layergne, Assemblées provinciales, p. 385. 2. Mémoires de Weber. p. 251.

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une difficulté à laquelle personne n'avait songé. Dans la règle, les patentes d'un commandant devaient être enregistrées au parlement de la province. Celui de Grenoble était exilé et le lieu de ses séances fermé, lors de l'arrivée du maréchal de Vaux. On lui contesta son pouvoir. La cour envoya bien vite au-devant du duc de Tonnerre, qu'elle avait rappelé. On le trouva qui revenait doucement et qui s'était arrêté à moitié chemin; on lui donna l'ordre de retourner sur ses pas. L'autorité n'en fut que plus affaiblie par le ridicule de tous ces contre-ordres, et l'amalgame de deux commandants, dont l'un avait le caractère personnel et l'autre le caractère officiel. Une maladie grave vînt assaillir le maréchal; et, quelque jugement qu'on porte sur ceux qui avaient alors le pouvoir réel en Dauphiné, c'est une justice de dire que la tranquillité publique n'y fut maintenue que par le patriotisme. » Ceci est le symptôme d'une décadence irrémédiable. Non seulement la royauté ne sait plus faire respecter ses droits, elle n'a même plus la force de remplir ses devoirs.

Nous nous sommes étendus longuement sur les troubles provoqués par. les édits de mai, dans les trois provinces de Béarn, de Bretagne et de Dauphiné. Les détails que nous avons fournis suffisent pour en apprécier le caractère général. Dans les autres parties du royaume, les choses se passent à peu près comme en Bretagne et en Béarn, seulement avec moins de bruit et d'éclat. Les cours de justice protestent contre le coup qui les frappe, et tâchent d'eflrayer le gouvernement par l'effervescence qu'elles suscitent autour d'elles. A leur voix, la noblesse s'agite, se réunit,. tonn^ contre les édits,

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