RÈGLEMENTS DU 24 JANVIER
Versailles comme devant être le siège de rassemblée. Quand on connaît la suite des événements, on ne peut se défendre d'attacher à cette indication une importance dont, à l'origine, elle ne semblait pas susceptible. Nous avons déjà vu que les Notables ne s'étaient pas occupés du tout de la question de lieu. L'opinion publique ne s'en émut pas davantage, et ceux qui, depuis, ont le plus amèrement déploré les résultats de cette inadvertance, sont obligés de reconnaître, s'ils sont de bonne foi, que, sur le moment, personne n'en a soupçonné la gravité. Mounier va jusqu'à dire, que « le plus grand des malheurs fut de rassembler les États à Versailles ». Mais, il s'empresse d'ajouter : « Si nous nous reportons au commencement de 1789, la justice nous forcera de reconnaître, que beaucoup de royalistes regardaient alors comme à peu près indifférente la détermination du lieu où les États devaient se réunir * . » Il semble même résulter, des récits combinés de Barentin et de Necker, que ce point ne fit pas Tobjet d'une véritable décision du conseil, qu'il donna lieu seulement â un échange d'observations entre les ministres, après quoi Louis XVI trancha la difficulté comme il le trouva bon, sans même se donner la peipe de les en prévenir. Selon toutes probabilités, voici comment les choses se passèrent.
Dans le sein de la commission qu'il présidait, Barentin insista pour que les États se tinssent à Soissons, ou dans toute autre ville de province, auprès de laquelle la cour pût s'installer convenablement. Dès que Necker fut averti de la motion, il n'hésita pas à la combattre. Suivant son habitude, il envisageait la question plutôt en financier qu'en homme d'État. Non seulement le siège de Versailles ne lui inspirait aucune inquiétude, mais, à l'en croire, il eût été préférable de convoquer les
1. M<mmer, Causes qui ont empêché les Français de devenir libres y t. I, p. 244.
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États généraux à Paris, au centre des affaires. Il ne s'en cache pas dans son Histoire de la Révolution française. « C'est, dit-il *, après des événements hors de toute attente, qu'on a demandé si Ton n'aurait pas mieux fait de réunir les députés des trois ordres à une distance beaucoup plus grande de Paris. Mais , au commencement de 1789, on craignait uniquement les dispositions des provinces contre les nombreux créanciers de TEtat, et l'on ne cessait de dire que l'opinion de Paris pouvait seule servir de sauvegarde à la dette publique. Le gouvernement, témoin de ces inquiétudes, devait-il s'y montrer indifférent? Etait-ce d'ailleurs une chose simple que de transporter le siège de l'administration à cinquante lieues de la capitale, dans un temps où la pénurie du trésor royal et les signes alarmants d'une grande disette exigeaient une assistance journalière au lieu central des ressources et des gens d'affaires. »
Ainsi posé, le débat ne pouvait longtemps rester circonscrit entre Barentin et Necker. Quelques-uns des ministres, consultés par eux, se prononcèrent en faveur de l'opinion émise par le premier et déclarèrent que, suivant eux, les États généraux seraient bien partout ailleurs qu'à Paris et à Versailles. « Les autres ministres *, plus épouvantés, qu'ils ne l'auraient dû, des embarras d'une translation momentanée d'habitation, ne trouvèrent point d'obstacles pour Versailles ; leur répugnance n'excéda pas Paris. M. de Montmorin se permit même cette fois de ne point suivre servilement les errements de M. Necker, qui, accoutumé à ne point céder, fut seul de l'opinion pour Paris, et y persévéra. * Tout ceci s'était passé en simples pourparlers. S'il y eût eu une séance ofQcielle du conseil des Dépêches, Barentin,
1. nUt de la Rév. fir., t. I, p. 130-131. S. Barentin, Mém, autogr,, p. 108.